LE DROIT DU SANG.

Je veux un droit. Un droit absolu. Celui de mon sang. Mon sang qui coule tous les jours, et celui qui coule tous les mois.

Je veux qu’on arrête de me donner honte de mon sang ! De me rendre coupable de mon sang !

Je veux avoir droit à mon sang.

300.000 ans d’ « évolution » de mon espèce, et pour quelle inhumanité de plus aujourd’hui dois-je encore souffrir de par le sexe que je porte telle que la nature me l’a donné ?

Oui, je suis femme. Je suis donc la moitié de l’humanité, je suis des milliards. Pourtant tous les jours, je meurs de ce tabou de mon sang. Mon sang que je dois trouver sale. Mon sang que je dois cacher, au péril de ma vie. Mon sang qu’on rejette, mon sang qu’on juge, qu’on moque, qu’on raille s’il rougeoie dans l’antre de mes cuisses.

Je suis femme. Je suis la moitié de l’humanité ! Je suis des millards dont des milliers souffriront l’humiliation, de par mon sang. La douleur, de par mon sang. L’exil, même, de par mon sang.

Impure, moi ? Moi qui peut porter la vie ? Honteuse, moi ? Moi qui donne à l’humanité entière chacun de ses enfants ? Ridicule, moi ? Pourtant alignée avec la vie comme le sont les saisons, le jour et la nuit, le sac et le ressac, l’eau et le feu ?

Mon sang est beau !

Mon sang est noble !

Mon sang est glorieux !

Il est le témoin de ma fécondité, de ma féminité, et il coule, tel que la nature l’a orchestré, au royaume dont je suis la souveraine absolue : Mon Corps.

Alors pour que mes filles, mes sœurs, mes mères, ne soient plus jamais déshonorées par leur nature de femme, je veux mon droit du sang !

Pour que mes filles, mes sœurs, mes mères soient éduquées à enfin s’aimer et plus jamais à se dégoûter, je veux mon droit du sang !

Pour plus qu’aucune douleur ne soit tue, plus aucune souffrance ignorée, plus aucune femme abandonnée, je veux mon droit du sang !

Pour qu’on cesse de violenter nos sexes fragiles à force de soins indélicats, de médecins brusques, de produits toxiques et mortels, je veux mon droit du sang !

Pour que ma sexualité soit belle, je veux mon droit du sang !

Pour être digne, car libre, car humaine, je veux mon droit du sang !

Je veux mon droit.

Mon droit absolu.

J’ai droit, droit à mon sang.