Monologue aux petits tyrans qui se croient grands.

Qui es tu, Petit Tyran ? Moi, j’te connais, tu sais. Je te connais parce que tu n’es pas mon premier. T’es le dernier d’une longue lignée qui pense toujours que leurs victimes ne savent pas se défendre ni à qui elles ont affaire, et qui pensent que bonté est synonyme de faiblesse. Quelle erreur, petit tyran, quelle erreur.

Petit Tyran, tu es si triste. Tu gesticules et tu hurles pour cacher, mais tu ne fais alors que révéler, et on lit donc en toi comme dans un livre ouvert, transparent, où vivent, dans les pages, les ratures et les blessures de ta vie, exposées au grand jour contrairement à ce que tu crois. Mais Petit Tyran, arrête ! Car rien, rien n’autorise ni ne justifiera jamais la violence que tu dissémines pour te sentir moins seul dans tes souffrances ! Tu humilies. Tu traumatises. Tu rabaisses. Est-ce là une vie que de céder aux démons qui t’habitent et de les laisser si librement triompher de tes héros ? Petit Tyran, où es ton courage ? Petit Tyran, où es ton humanité ? En as-tu au moins une ? Nous en doutons tous. Et toi qui, ça crève les yeux, a tant besoin et envie d’être aimé, nous ne faisons que te craindre, ou te mépriser, ou pire, avoir pitié de toi. Est-ce ça que tu veux ? Toi qui veux tant laisser une trace dans le monde, prends garde au legs que tu y laisses au fil des jours. Car au final, Petit Tyran, tu es le seul en mesure de t’honorer, et, contrairement à ce que tu penses, et fais croire à ta cour qui de peur ou de fiel collabore au règne de ta terreur, le seul en proie à te trahir.

Petit Tyran, j’ai cru que tu étais tout autre. Moi, naïve et candide, moi qui refuserai toujours de soupçonner d’emblée les autres d’avoir succombé au malin, j’ai cru aux contes qui sortaient de ta bouche. J’ai cru aux images, j’ai cru aux promesses. J’ai cru que nous croyions aux mêmes divinités de bienveillance et de tendresse, de patience et de générosité, j’ai cru que nous vivions sous la même coupole d’un art à servir avant tout, avant nous. Et quelle culpabilité, la seule qui m’envahit à ce jour, de n’avoir cru que trop longtemps à tes mensonges. De ne pas être partie au premier doute, puis à la première preuve que tout n’était qu’illusion. Manipulation. Trahison.

Petit Tyran, qui crois-tu être ? Depuis la tour de ton ego blessé parce que j’ai choisi de me sauver plutôt que de céder, tu craches, tu pestes, et plus dangereux encore mais seulement pour toi, tu menaces. Mais Petit Tyran, crois-tu que j’ai peur ? Que peux-tu bien me faire que ceux passés avant toi ne m’aient pas déjà fait ? Ils ont tout essayé, tout. Les mots, les lettres, et même les coups. La torture, le harcèlement, la violence, sur mon coeur, mon esprit, mon corps. Efforts inutiles pour faire tomber ma dignité qui les agace. Pour éteindre le feu insupportable à leurs yeux de mon indépendance et de ma liberté.

Petit Tyran, vois-tu, eux aussi ont échoué, comme toi tu échoues aujourd’hui. Et à continuer de me brimer, à insister pour me blâmer, à persévérer à diffamer et tenter de me détruire, attention ! Tu fais de moi ce que tu redoutes le plus : la plus invincible des entités ; car alors je deviens martyr de ton venin. Et on ne sanctifie bien que les martyrs, jamais leurs bourreaux. Eux, on les hait.