Journal d’une écolo tardive, #1 : au commencement était la dèche.

Je vais être honnête : je n’ai pas toujours pensé à penser à la planète. Et encore moins à la panser, du coup. Plus jeune, j’étais bah… jeune. Et quand on est jeune, on a souvent la tête dans un guidon pétri de problématiques autres que sauver l’environnement et améliorer son hygiène de vie, puisqu’on en est à se demander si déjà on est capable de quoique ce soit, et si oui, de quoi. L’éveil au monde pendant la jeunesse est une phase de narcissisation egocentrée cruciale, d’introspection inévitable, qui, quand elle se passe bien, permet ensuite de se tourner courageusement et généreusement vers le monde pour sainement vivre et construire sa vie en pleine possession et capacité d’utilisation de ses outils propres. Et moi, bah je n’ai pas échappé à ça, et entre 20 et 30 ans, je suis allé explorer chaque recoin de moi pour savoir de quoi j’étais faite et ce que j’avais à ma disposition pour faire face à la vie, qu’on sait terrible et merveilleuse à la foi.

Autant vous dire que ça n’a pas toujours été glorieux, mais j’ai affronté mes ténèbres armée de mes soleils, dans l’envie de faire un inventaire lucide de moi-même, sans jugement, sans me descendre ni m’encenser, sans orgueil ni modestie. J’étais déjà consciente que je ne pourrais jamais vivre la vérité de ma vie, de LA vie, si je donnais aveuglément le change aux mensonges de mes névroses et que je laissais mon être aux commandes de mes démons intérieurs, ceux-là même qui vivent dans mes enfers, brûlants profond au creux des failles de ma construction.

Cela dit je n’étais pas inconsciente, ni insensible aux choses du monde ! Comme nous tou-te-s, je recevais les informations de l’état de la planète et de notre civilisation avec effroi, mais dans cette mouvance toute moderne de laisser cette émotion pourtant vive se faire zapper dans mon esprit par toute autre chose que la télé (je n’en ai plus depuis) m’aura servi ensuite, dans ce rythme effréné propre à notre siècle qui offre le même temps et la même attention à tout et n’importe quoi, donnant ainsi indûment la même valeur au fait divers et fait d’importance. Nos grilles de lecture et de compréhension des faits du monde et de leurs possibles impacts ponctuels ou pérennes, sur nous individus ou sur notre monde, en sont devenues quasi cubistes, et des peuples entiers se mettent à en savoir plus sur les Kardashians que sur la pollution des océans dont ils mangent pourtant le poisson. Cubisme délibéré des valeurs pour mieux manipuler les masses, sans doute ? Mais si ce déversement d’ « informations » de notre ère désintellectualisée et déculturée doit provoquer quelque chose en moi, c’est l’envie de m’en sevrer, a force d’éprouver, jusque dans mes chairs, les drames incessants du monde. Car on ne nous parle que de ça ! Et c’est bien normal. On ne manipule bien que par la peur et l’angoisse, et ce monde n’est finalement que le terrain de jeu de la domination patriarcale et de son sbire Capitalisme. Si on montrait aux gens où et comment être heureux, ils seraient libre – car détachés des choses matérielles, émancipés de leurs névroses et de leurs traductions physiques. Mais hélas, pour que certains s’enrichissent se gavent d’argent à nous vendre de l’inutile, il faut qu’ils fassent régner la terreur psychique et imposent aux individus de vivre dans le malheur – que seul l’achat et l’accumulation matérialiste guérirait, bien évidement. Quelle farce. Quelle triste, accablante et vaste farce.

Évidement, ce que j’arrive à verbaliser désormais, je l’ai toujours plus ou moins su. Mais je vous l’ai dit plus haut, j’étais occupée à tenter de décrypter qui j’étais et ce que j’étais à même de faire dans et pour le monde. Ma prise de conscience et mon éveil n’ont pas été immédiats, et j’ai bien mis 3 ans pour me rendre compte et décider de comment je devais m’y prendre pour reprendre le contrôle de ma vie, retrouver mon libre arbitre d’individu en recherche d’émancipation, et avoir un impact sur le monde à mon échelle. J’ai d’abord mené cette quête sur le terrain de ma carrière, en mettant un point d’honneur à devenir, en toute conscience, ce qu’on appelle communément une artiste engagée. J’étais déjà artiste, et je suis profondément de nature activiste – ce processus là ne prit donc pas longtemps à se mettre en place. Ça tombait sous le sens, et je n’ai pas vraiment eu à faire d’effort. Ce qui pris plus de temps, et d’effort d’éveil, fut de devenir l’habitante de la planète terre, respectueuse et attentive aux besoins de notre mère Nature, que je tente d’être aujourd’hui ; car là, il fallait que je me défasse de toute mon éducation systémique encrassée et gluante, de femme (pour autant que j’en sois une), de bonne petite consommatrice, de pion social au milieu d’un système poussiéreux, de mouton des jeux de pouvoir politique.

Le déclencheur de traverse de ce processus de ré-humanisation écologique, dont les ramifications s’avèreront plus tard tentaculaire, je le dois à mon métier. Car la dèche artistique nous pousse, nous saltimbanques, à constamment vivre au pied du mur de nos choix et priorités, dans ce monde régit par l’argent, celui là même que nous, artistes, gagnons franchement peu, au creux du régime social éternellement précaire des intermittents. Et finalement, si quelque chose m’a appris à être pleine de ressource, dégourdie, et aussi à toucher du doigt la liberté intellectuelle et humaine qu’offre le détachement matériel, c’est bien d’être constamment fauchée, voire pauvre à certains moments de ma vie ; car j’ai donc passé mon temps, jusqu’ici, à résoudre des problèmes. Manger au déjeuner, ou payer le studio pour la répète ? Quelles solutions trouver pour faire les deux, correctement et dans la dignité ? Tant d’équations de vie à résoudre les unes après les autres qui m’ont enseignées la mathématique des quotidiens incertains mais néanmoins heureux. Et cette mathématique, son secret profond, je le sais aujourd’hui, c’est l’épure et le détachement.

Ai-je BESOIN de 5 gels douche que l’on me force à consommer à grand coup de réclame, et dont, en plus, je ne connais rien des ingrédients ? Ai-je BESOIN de 2, 3, 4 brosses à cheveux, de paires de chaussures « au cas où », de ribambelles d’éponges en matière synthétiques dont je ne sais même pas si elles sont biodégradables ? Ai-je BESOIN de remplacer ces meubles encore en bon état, ces robots ménagers qui marchent encore ? Ai-je BESOIN que tout soit en matière plastique alors que tant d’autres matières sont tout aussi pérenne sans être autant polluantes ?

Vous savez, quand dans sa vie on se retrouve justement « dans le besoin », on se rend compte bien vite que ce dont on a véritablement besoin se chiffre au simple nombre de un. Déjà un, et ça nous sauvera. Un, et nous en seront reconnaissant comme si nous en recevions 1000 à donner à tous ceux et celles qui comme nous sont dans le même besoin. « Un », chiffre magique correspondant à notre condition d’humain-e unique, seul-e dans notre propre peau, elle aussi au nombre de une ; « un-e » egal-e aux autres qui elleux aussi sont « un-e ». « Un », comme le nombre de planètes où nous vivons. Et à tout réduire à ce puissant nombre de « un », on arrive un jour à l’essentiel. Un sac, Une paire de baskets. Une cuillère en bois. Un fer à repasser. Un savon. Un peigne… et il ne s’agit même pas d’avoir le strict minimum, mais plutôt d’avoir simplement l’essentiel, sans plus céder à la compulsion névrotique de se gaver d’inutile pour combler les manques parfois béants, creusés par nos expériences de construction ratées et de narcissisations chaotiques.

Oh oui comme, aujourd’hui, je remercie l’argent d’avoir été exempt de ma vie ! Son absence a pu laisser place à des choses infiniment plus essentielles car humaines, et véritables. J’ai alors eu la chance de me questionner sur non plus la valeur marchande des choses, mais leur valeur philosophique. Et plus concrètement, je me suis aussi prouvée par la force des choses que je pouvais compter sur moi même, que j’avais la ressource nécessaire à vivre bien ma vie, et que oui j’avais des compétences, aussi variées les unes que les autres, et que non, je n’étais pas plus bête qu’une autre. Et oui, j’ai retrouvé la valeur des choses, la gratitude, la plénitude. Car il y a de la plénitude à prendre le temps de savourer même une simple tomate mais achetée à un-e petit-e producteur-trice, certes plus chère qu’en grande distribution mais n’en manger peut être qu’une, achetée à lui ou elle qui met tant d’efforts et de noblesse à faire pousser les fruits de la Nature tout en prenant soin d’Elle. Il y a de la gratitude à prendre soin d’un objet pour qu’il nous accompagne longtemps et lui offrir alors la chance de se gorger de souvenirs humains à nos côtés. Il y a de la valeur à bricoler, fabriquer, recycler, puis utiliser les fruits de son propre labeur et de ses propres efforts, et au quotidien, les voir, et se rappeler de ce qu’on est capable de faire soi.

Toutes les petites actions de nos vies, en pleine conscience de notre monde et en éveil des besoins de notre planète, peuvent l’aider à survivre à cette « Humanité » qui vit pour l’instant à ses crochets comme un parasite, et qui l’étouffe de son avarice et de son obscène avidité névrotique pour l’argent et les biens matériels. Mais entendez-le bien : aucune accumulation quelle qu’elle soit ne comblera rien, elle ne serait qu’une preuve implacable d’une psychanalyse restant à faire, d’une peur panique de la mortalité imminente de nos êtres, et d’une psyché pétrie d’angoisses incontrôlées. Mais est-ce vraiment à la planète et à ses autres habitants de payer les pots cassés des névroses ingérables, purulentes de certains, alors qu’il existe tant de moyens de les apaiser et les soigner, pourvu qu’on s’en offre le courage ? Oui, il est grand temps de nous sauver en soignant, justement, l’humanité de ses propres dégénérescenses psychotiques. Et je reste convaincue que seule la prise de conscience individuelle, et l’application courageuse de ce qu’elle implique de détachement personnel, au profit d’un objectif commun de bien-être collectif, est la seule solution pour éviter désormais le trépas de notre espèce et de la planète qui l’abrite.

Imaginez même juste un instant, la puissante et vertueuse adelphité qui est à notre portée, grâce à laquelle, si chacun faisait sa toute petite part, nous pourrions nous survive, et faire survivre notre belle Terre, mère nourricière si généreuse et si naturellement luxuriante quand on la laisse libre de le faire ?
C’est en fait du devoir humain de tou-te-s de faire sa part. Il suffit d’enrayer nos égoïsmes, nos névroses et nos avidités en reprenant le pouvoir sur nous même, par l’éveil et la conscience. Deux joyaux à la portée de tou-te-s.
Si ça c’est pas merveilleux…

Alors, agissons.
C’est, véritablement, maintenant ou jamais.