Le jour où j’ai décidé.

De ne plus dilapider mon temps, celui qui m’emmène doucement mais implacablement vers ma mort, comme s’il n’était pas l’unique denrée non renouvelable de ma vie, et donc plus précieux que tout. TOUT.

De ne plus donner mon énergie qu’à la beauté, la bonté, l’amour, au bonheur, à la liberté et à l’empacipation. Exclusivement et totalement.

De ne plus donner de moi à l’autre que ce qu’iel mérite, et ce que j’ai envie de donner moi – et non inconditionnellement ce qu’iel exige – et ne plus jamais culpabiliser si la réponse est « Rien ».

De cependant ne jamais me comporter avec l’autre qu’humainement. D’être quelqu’un de constamment correct, digne, bienveillant, et généreux, même quand l’autre ne l’est pas ou me pousserait vers mes bas instincts. Garder le respect de son humanité, coûte que coûte, en dépit de toutes nos possibles différences et griefs.

De faire graver imminemment sur ma peau, ma propre devise, afin de ne plus jamais la perdre de vue : insolence, impénitence, irrévérence. Et m’y tenir à jamais.

De ne plus policer, réprimer ou normer mes pulsions et instincts créateurs de femme artiste, puissante et généreuse, quels que soient les obstacles, les pressions, les reproches et les reprimandes.

D’exploser avec pugnacité les chaînes systémiques et plafonds de verre patriarcaux qui m’entravent, avec force et fracas s’il le faut, dans la pureté et le feu des colères vertueuses qui me meuvent.

De lutter pour mon emancipation, artistique, humaine, sociale, politique. A jamais, et sans relâche, sans mollir, ni sans jamais m’en excuser, dans ce droit inaliénable de vivre telle que je suis aujourd’hui, telle que je veux être demain, et telle que je l’aurais décidé.

De ne plus plier à aucun critère de desirabilité sociale, dans aucun milieu que ce soit, et de me defaire donc de la peur de déranger. J’ai dérangé, je derange, je dérangerai. Tant pis.

De refuser tout asservissement, ou même simple tentative d’asservissement, constemment imposé par la médiocratie de notre civilisation.

De glorifier sans retenue le processus et l’ego noble, au détriment du résultat et de ses petites vanités.

D’arrêter cette violence de me niveler par le bas, et de reprendre ma bataille pour l’élévation, de moi meme, et des autres, par la foi en l’intelligence possible de l’humain.

D’exprimer mes besoins à l’autre, sans jugement aucun, avec simplicité et franchise, dans la vérité belle et légitime des émotions éprouvées, et recevoir le même cadeau de sa part.

De ne plus jamais assumer pour l’autre la psychanalyse qu’iel n’a pas eu le courage ou pris le temps nécessaire de faire, car ça n’aide personne d’être l’urne de névroses additionnelles aux siennes, ni le temple de projections dont il n’est pas responsable.

De ne céder à plus aucun conformismes, ordinaire, larvé ou flagrant.

De n’avoir plus jamais honte de mon intellect, ni de ma sensibilité.

De ne plus jamais rougir de ma nature profondément épicurienne et hédoniste.

De continuer à faire de l’éveil des consciences ma vocation.

De ne plus souffrir aucune mauvaise foi de la part de quiconque, car il est si dangereux pour l’épanouissement des relations humaines de se conforter dans l’orgueil, la peur, la faignantise intellectuelle et la couardise émotionnelle.

De ne pas, de moi meme, donner des bâtons pour me faire battre et délibérément me placer d’emblée en dernière roue du carosse. Prendre la place qui me revient, pour mener par l’exemple afin que chacun-e que je rencontre puisse prendre également la sienne.

De devenir la femme de théâtre que je sais que je suis, mais aussi la dramaturge, l’auteure, la compositrice, l’écrivaine, l’activiste, la plasticienne, et toutes ces autres choses que je sais que je suis aussi. C’en est fini des cases. J’en déborde quoi qu’il advienne !

De continuer à faire fleurir mes ambitions, mes ideaux, et mes exigeances, folles, sauvages et luxuriantes, au jardin de mon âme  immortelle.

Et de toujours continuer à decider, comme ce 19 juillet dernier, jour où j’ai decidé. Pour toujours être libre. Toujours être vraie. Et inévitablement mourrir un jour, mais sans aucun remords ni regrets.