Lettre à moi même #2 / Lundi 28 mai 2018

Mathilde,

Tu te relèveras. Tu te relèveras de cette trahison comme tu t’es déjà tant de fois relevée des autres avant ça, et tu guériras de cette blessure. Tu en porteras fièrement la cicatrice, car elle sera preuve de vie, et témoignage de ta résilience.

Mathilde, les gens sont ce qu’ils sont. Souvent, ils sont seulement ce qu’ils peuvent – rarement ce qu’ils veulent – et ce couteau planté aujourd’hui profond dans ta chair affective, professionnelle et mentale n’en est malheureusement que la énième preuve. Rappelle-toi seulement que ce chaos qui en découle n’est pas né de toi, mais bien de la main qui te porte ce coup.
Et oui, tu as mal. Très mal. Et oui tu pleures et tu pestes et tu enrages et tu hurles. Mais ouvre les yeux plutôt, et écoute la vie, et ce cosmos qui te parle à travers cette expérience, aussi douloureuse soit-elle. Que te dit-il ? Que t’offre-t-il en échange de ton coeur qui se serre pour l’instant ? Ne t’évite-t-il pas finalement de te fourvoyer plus encore dans ce tunnel malsain où ta valeur n’etait pas reconnue, voire pleinement décriée ? Ne t’épargne-t-il pas finalement les heurts que tu redoutais, auxquels même tu te préparais ? Ne t’invite-t-il pas simplement à d’autres rencontres, d’autres chemins plus en accord avec toi, ta sensibilité artistique, mais aussi humaine, sur des terres de communication enfin saines ? Ne t’oblige-t-il pas finalement à enfin avoir une estime de toi telle, que tu décideras alors définitivement de ne plus laisser personne te traiter autrement qu’avec respect, dignité et considération ? Ne t’apprend-il pas finalement qui tu es, ce que tu mérites ou non, et qui et comment sont les autres, et ce qu’eux aussi méritent ou non de ta part ? Ne te mène-t-il pas un peu plus près du règne absolu de la douceur auquel tu aspires pour ta vie, en te débarrassant des condescendants ?

Tu as été trop patiente, Mathilde, et, de surcroît, tu t’es oubliée toi meme en route. Tu as cédé encore et encore à des caprices, des ordres et des injonctions, de par ton éternel dégoût du conflit et ton récurent manque de confiance en toi. Mais enfin, ne sais-tu pourtant pas ta valeur ? Artistique ? Humaine ? Morale ? Ne sais-tu pourtant pas tes talents, ton goût pour le travail, ta débrouillardise ou encore ton incroyable résilience ? Ne travailles-tu pas à cela tous les jours et n’en récoltes-tu pas pourtant les fruits quotidiens, concrets et véritables ?

Oui, tu as encore des défauts, bien trop à ton propre goût – je sais ! – mais aux autres de les supporter avec bienveillance, comme le modique prix à payer pour bénéficier de ton attention, de ta compagnie, de ta générosité et de ton amour. Tu le fais toi-même avec les autres ! Pourquoi ne devrait-il pas en être de même pour toi ? Ne mérites-tu pas les même égards que ceux que tu portes à ceux qui t’entourent ? Toi qui est avide d’équité et d’égalité dans tes partages et échanges humains, je te prie donc d’arrêter dès aujourd’hui de penser d’emblée que tu pèserais automatiquement moins dans la balance de tes relations humaines. Cette pensée, fille vicieuse de ton sentiment d’imposture, ne te mènera qu’à malheurs et frustrations. Jette-la, encore et encore, à chaque fois qu’elle te gagne.

Tu te relèveras Mathilde parce que tu es forte et puissante, unique et pugnace. Tu te relèveras parce que ton soleil luit fièrement, même quand tu es perdue au creux de tes ténèbres. Il est là, que tu le vois ou non, à attendre gentiment que tu lui reviennes.
Tu te relèveras parce que tu ne t’es jamais laissée définir par rien d’autre que toi même, parce que tu sais qu’il vaut mieux être celui ou celle qui a donné sa confiance que celui ou celle qui la trahie. Il vaut toujours mieux être celui ou celle qui peut encore se regarder dans la glace en y voyant de la dignité. Qui peut encore s’enorgueillir de son reflet, ou même simplement le supporter, quand il ne fait plus que suinter l’immoralité, l’orgueil et la suffisance ? Mort aux snobs, Mathilde. MORT. AUX. SNOBS. Ce sont à eux, leur couardise face aux injonctions de la désirabilité sociale et à leur fainéantise et petitesse intellectuelle, que l’on doit la médiocratie lisse et déshumanisée dans laquelle notre monde s’enlise aujourd’hui toute entier. Par pitié, continue à ne jamais réussir à avaler cet état de fait.
Mort aux snobs.
Always.

Et Mathilde, c’est finalement très simple. La vie t’a offert, que dis-je, la vie t’a poussé violemment vers une porte de sortie, c’est donc que tu devais sortir de là où tu étais. Oublie donc vite cette trahison aussi gratuite que sordide, et va tout naturellement de l’avant. Même si je sais que tu n’es pas de nature rancunière, ça n’en restera pas moins, que tu le veuilles ou non, la plus belle des revanches.

Alors courage, résilience et tant pis pour lui.

Je crois en toi.

M.