Lettre à moi même #1 / Lundi 21 mai 2018

Mathilde,

Il est temps que tu comprennes que les autres ne sont pas tenus, ni même, et c’est le plus souvent, des fois capables de réagir à la vie de la même manière que toi. Je sais qu’intimement tu le sais, mais tu sais aussi que ça ne se trahit ni ne se lit pas toujours dans tes actes, ou dans les paroles que tu offres aux autres.

Rappelle-toi, Mathilde… Rappelle-toi toutes ces fois où tu aurais dû te taire, ou mieux réfléchir avant de parler. Rappelle-toi toutes ces fois où tu l’as demandé aux autres, où tu aurais aimé qu’ils le fassent. Mathilde, je ne dis pas que tu es bêtement méchante, je ne dis même pas que tu serais éventuellement désinvolte, je te dis que tu attends, peut-être même exige des autres parfois, de réagir comme toi. C’est normal après tout, car tu es tout ce que tu connais et connaitras jamais le mieux de la vie, et elle est si courte qu’il vaut mieux apprivoiser sa propre vérité que de courir après celle des autres. Ça serait une course sans fin, et si vaine. Mais tu le dis si bien toi même ! Chacun est en train de livrer une bataille intérieure avec lui même, et dont personne n’a idée de l’ampleur. Toi, qui constamment te retrouve sur ton ring intérieur, face à tes démons, rappelle-toi qu’il en va de même pour chacun et trouve en toi la patience et la bienveillance nécessaire au souvenir de cette vérité, et l’empathie qui te permettra d’aider l’autre, comme tu aimerais que l’autre t’aide lui aussi, à triompher dans cette bataille.

Je ne te demande pas de céder à la première pression venue qui t’enfermerait ad vitam dans l’injonction qu’on fait avaler comme naturelle aux femmes de toujours comprendre les affects des autres et surtout de les faire passer avant les tiens. Evidemment que tu ne dois jamais céder à la manipulation par le coeur, car elle révèle chez celui ou celle qui la tente qu’il ou elle n’a définitivement rien à faire dans ta vie. Nous n’avons pas le temps de séduire les éternels mécontents et les malveillants, toi et moi. Il est, tu les sais, indigne de passer sa vie à tenter de plaire à ceux qui d’emblée nous mépriseraient ou nous jugeraient volontiers, plutôt que de soigner les relations d’estime, d’amour et/ou d’amitié qui elles sont les seules, finalement, capables de nous offrir le sentiment si rare, si puissant, et si essentiel au bonheur qu’est celui d’exister.

Mais Mathilde, rappelle-toi. Rappelle-toi qui tu es. Et plus important encore, rappelle-toi qui tu veux être. Rappelle-toi les précieuses épiphanies humaines de ta vie, ces moments rares où tu as décidé de la personne que tu serais, plutôt que de subir à jamais la personne que tu étais. La conscience humaine, l’éveil de cette conscience aux choses de la vie, l’intellect que tu aimes tant nourrir et stimuler, sont tant de rappels que tous les jours, tu te rapproches de ton but, ce but sans jamais de fin qu’être simplement meilleure chaque jour.
Rappelle-toi les lumières. Et ne lâche rien.

Et surtout, je t’en prie, ne prend pas cette lettre pour ce qu’elle n’est pas. Ce n’est pas une réprimande, mais plutôt un gage de confiance en toi. En nous. En l’autre.
Sois patiente et bienveillante avec l’autre, encore plus, toujours plus, comme tu serais patiente et bienveillante avec toi-même. Et si tu manques de patience et de bienveillance pour toi-même, alors donne ta part à l’autre. Il t’apprendra surement en retour comment t’en redonner un peu.

Aies confiance.
Et rappelle-toi.
Toujours.

M.