2017 : the good, the bad, the ugly.

Tout le monde autour de moi, à l’exception de quelques perles très rares de ma vie, semble passer son temps à me dire de ne pas trop partager de choses en public. Mais le plus agaçant, c’est que je suis surtout et constamment invitée (en fait LOL. Plutôt réprimandée) à formater ce que je partage. Pour l’édulcorer, évidemment, hein ? Ça serait trop beau que quelqu’un vienne me dire : « Tu sais, tu peux vraiment y aller un peu plus loin dans l’expression véritable de ce que tu penses ».
Mais je ne comprends pas ces gens. Mon métier d’artiste – donc PUBLIC – n’est-il pas de partager mes propres vérités telle qu’elles sont, et qui m’aime me suive (et qui ne m’aime pas, bah c’est pas grave !) ? Et comment avoir une relation honnête avec l’univers de toute façon, si je passe mon temps à policer et polir une image juste pour qu’elle corresponde à des attentes qui n’ont rien à voir avec moi, juste pour qu’on m’aime mais dans la forme et pas dans le fond, juste pour qu’on m’accepte telle que je ne suis pas, ou juste pour ne pas faire de vague et rentrer dans le moule tiède du « politiquement correct » pour ne gêner personne ?

Si 2017 m’a appris quelque chose, c’est que me formater pour plaire aux autres est peine totalement perdue. Tous les ans je me fais avoir d’une nouvelle manière, et touuuus les ans j’arrive à la même conclusion : « Meuf, arrête, ARRÊTE d’essayer de te plier aux exigences de tous pour ménager les égos dysfonctionnels autour de toi, c’est raté d’avance, et c’est finalement et toujours TOI que tu perds en chemin. Every time. » J’ai beau consciemment savoir que c’est PAS le truc à faire, mon premier réflexe c’est toujours de me dire : « Les autres ont un problème avec toi. Du coup, ça DOIT devenir ton problème, regarde ! : t’es bizarre, t’es une artiste, t’es indépendante d’esprit, t’as un caractère qui se pose là, du coup.. bah ouai, tu dois être très chiante et ça doit donc être très dur pour tout le monde de te supporter ». Et ça, ça fait que je passe mon temps à être délibérément dans penser d’abord à me brider, constamment, au lieu de vivre la vie pleinement comme je l’entends. Et, inexorablement, tôt ou tard, je finis par être la poire de service, la dernière roue du carrosse, et devenir la personne envers qui on s’autorise toute sorte de commentaires déplacés parce qu’on sait que, finalement, à la fin des fins, je reste la bonne copine qui accepte et qui encaisse et qui passe tout à tout le monde, justement parce que je suis consciente que se coltiner quelqu’un comme moi, bah c’est pas évident. Mais là où j’aurais espéré plutôt de l’indulgence et de la compréhension, bah non : plus je suis poire, plus je rencontre de l’intransigeance et de la sévérité. C’est quand même fou…
Non pas que j’ai envie d’arrêter de tout passer à tout le monde – car les gens sont bien comme ils peuvent, et la vie est déjà assez compliquée comme ça pour tout le monde pour qu’on vienne soi en rajouter délibérément une couche de plus – mais tout de même… quand vais-je enfin comprendre que je n’ai pas à supporter dans ma vie des personnes qui ne me tirent pas vers le haut ? Qui me font constamment douter de moi en ramenant tout à l’égo et non pas à l’échange véritable, celui qui crée l’émulation, l’amélioration ? Pourquoi est-ce que personne ne veut jamais m’émanciper autant que je veux émanciper les autres ?

Franchement, j’ai vraiment compris ce que c’était que l’échange, le vrai, le respectueux, le profond, celui qui libère et qui justement émancipe, qu’en enseignant comme je l’ai fait depuis Septembre. Pour bien enseigner, il faut d’emblée donner quelque chose d’absolument essentiel. Il faut aimer. Aimer enseigner, aimer ce qu’on enseigne, et surtout : aimer ses étudiants. Pas les idéaliser, hein ? Non. Les aimer VRAIMENT, dans ce qu’ils sont d’imparfaits, d’humain, de forces, de faiblesses. Les aimer pour construire une confiance, en vous, en eux, en nous, en tout ce qui est possible de faire alors avec cette confiance. Quand on aime vraiment, alors on donne inconditionnellement, et, miracle de la vie, quand on donne inconditionnellement, on reçoit. Et avec ce qu’on reçoit, on peut redonner, et recevoir encore, et redonner encore. Et dans ce partage de dons nait l’émulation humaine, et dans l’émulation humaine, nait l’émancipation. Enseigner, c’est comme une maternité. On nous donne des coeurs, des âmes, des esprits qui ne sont pas nous, mais dont on a la responsabilité de les emmener au bout d’eux-même POUR eux-même. Evidemment, ce sont nos outils propres que nous partageons, mais pour qu’EUX les utilisent à LEURS escient ! Et c’est en enseignant dans la rigueur certes (parce que la discipline que j’enseigne le demande implacablement), mais surtout dans l’humain, la liberté et l’émancipation, que j’ai compris énoooormément de choses sur moi, mes relations amicales, familiales, amoureuses, humaines, ce qu’il fallait que je change, ce qui allait, ou des fois pas du tout.

En vrai, le bilan de 2017 est assez dur. De trahisons en abandons et couteaux dans le dos (le lot quotidien des poires ?), j’ai passé le premier trimestre de l’année dernière entre les murs psychologiques durs et froids d’une dépression dramatiquement profonde, de laquelle j’ai longtemps cru que je ne sortirai jamais que les pieds devant. Et plusieurs fois, malheureusement, on est d’ailleurs vraiment pas passé loin. Que voulez-vous… c’est comme ça que ça se passe, quand on a un cerveau comme le mien qui des fois plonge dans l’obscurité. Cela dit, étonnamment, c’est aussi dans cette période d’absolue noirceur que j’ai pu compter les véritables lumières de ma vie. Silencieusement, sans même leur dire, je les ai reportées au tableau de mon firmament intérieur, brillantes et rassurantes. J’ai aussi noté les trous noir, et j’ai pleuré de regrets et de colère contre celleux qui auraient dû être lumière eux aussi – non pas simplement parce que j’aurais voulu leur présence mais plutôt parce que notre relation de l’époque la promettais, sans que les actes ne suivent. Dommage. Mais j’ai souris et remercié la vie pour celleux qu’elle m’a envoyé•e•s, des fois comme des surprises inattendues, et que je remercie pour m’avoir gardé vivante. Je pense notamment à toi, Philippe. Je pense aussi à vous, Vlad et Cloé. Je pense aussi à mes parents, que j’essaie de ne jamais peiner avec ce genre de choses dont je ne leur parle trop souvent qu’après coup, mais qui sont si présents et aimant qu’ils sont mes rocs quoiqu’il arrive, qu’ils en soient conscients ou non.

Ce genre d’épisode, vous savez, force presque obligatoirement le bilan. Non plus celui usuel de la fin d’année comme celui que je fais là, mais celui de la vie, entière et globale. Les gens sur qui on peut compter, ceux néfastes dont il faut rapidement se sevrer, ses propres modes de fonctionnement heureux ou malheureux, les choses à travailler au plus profond de soi pour poursuivre sereinement sa vie, ses rêves et aspirations… et on en sort forcément changé. Comme une mue à laisser derrière nous.
Et quelle mue j’aurais fait cette année, mon dieu… Quelle mue.
En 2017, j’ai perdu des partenaires de boulot, perdu des amis des fois si proches, et perdu des illusions pourtant ancrées dur comme fer. C’est si difficile, les séparations… Et je ne savais alors pas encore que c’était pour le mieux. Pour rencontrer de nouvelles personnes en meilleure adéquation avec ma vie, mes idéaux et ce que je veux en faire, des gens avec qui je serais plus heureuse, et qui panseraient les blessures de mes illusions déchues pour les transformer en des convictions profondes. Comme un ballet lithosphérique sous-terrain et secrètement fracassant de l’âme, je me ré-alignais avec moi-même sans le savoir, dans toute la douleur et la frustration que ça peut faire naitre quand on a la tête profondément dans le guidon et qu’on ne comprend pas encore ce qui nous arrive ; quand son monde s’écroule uniquement pour mieux renaître mais que nos propres peurs posées en oeillères nous empêchent de voir loin ou grand pour nous-même.

Je ne parlerai pas en détail de celleux, comme dit Rilke, que j’ai laissé•e•s ou qui m’ont laissé•e•s au bord du chemin. Le passé n’est utile que s’il devient le compost où poussera le futur, et j’ai la chance de ne pas avoir ce genre de caractère qui se complait dans remuer la merde outre mesure. Surtout quand le futur a commencé, et qu’en fait, il est déjà beau et bon.
Par exemple, j’ai rencontré Pierre-Yves Duchesne qui m’a fait confiance comme très peu l’ont fait auparavant, et qui m’offre aujourd’hui la chance d’enseigner dans sa belle école qu’est l’AICOM, avec toute mon exigence, toute ma rigueur et tout mon amour.
J’ai également rencontré Colombe Barsacq qui, par sa simple douceur, patience, conviction, sa fermeté aussi parfois, a explosé tant de plafonds de verre avec et pour moi, des fois souvent sans s’en rendre compte, juste parce qu’elle est elle.
J’ai aussi rencontré Nolwenn Demassard, qui, en l’espace de quelques minutes, m’a confirmé qu’il y a encore tant de beautés et d’émotions à vivre dans le cocon si délicieux de l’estime et de la bienveillance.
Puis j’ai rencontré Mehdi Guiraud, qui m’a prouvé tout simplement que les licornes existent pour de vrai, et qu’elles m’aiment comme et pour ce que je suis, en failles et en forces.
Et j’ai rencontré tant d’autres de petites perles, étoiles ou comètes, qui ces derniers mois, ont préparé, étincelle après étincelle, le terrain d’une 2018 que j’attendais avec une impatience non dissimulée et qui s’annonce toute autre que l’année passée.

Maintenant, bon, il serait assez traditionnel et à propos de terminer ce bilan un peu houleux par une liste de résolutions pour 2018. Mais who are we kidding ? Personne ne les tient jamais, moi comprise. Mais si je devais n’emporter qu’une citation pour me guider dans cette nouvelle année, évidemment, elle viendrait de Maya Angelou :

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Et avec ça, dans la valise des espoirs pour la nouvelle année, les mêmes aspirations qu’il y a un an. Parce que « The doing comes from the being » (Merci Oprah, encore une fois), je veux simplement continuer à pleinement être artiste, militante, activiste, intellectuelle, auteure, compositrice, interprète, pédagogue, aimante, généreuse, insatisfaite, rigoureuse, exigeante, engagée, libératrice, émancipatrice, dans l’éveil des consciences, surtout la mienne.

Mais alors finalement… pourquoi partager tout ça en public, hein ? Les psychanalyses, comme les journaux intimes, se font pourtant dans le secret, me diront les orgueilleux qui eux passent leur temps à organiser leurs vies de manière à ce qu’on les croit meilleurs qu’ils ne le sont vraiment. Mais c’est pourtant très simple, et 2017 nous en a appris la force avec #MeToo : il s’agit de témoigner.
Témoigner par exemple que la dépression peut toucher tout le monde, que les maladies mentales sont infiniment plus courantes qu’on le croit, et qu’il n’y a pas à en avoir honte. L’important c’est d’arriver à se soigner sans jugement, aussi naturellement et presque machinalement qu’on irait soigner un rhume. Il est temps d’en finir avec la stigmatisation des affres de la psyché.
Témoigner que c’est presque toujours dans l’adversité qu’on reconnait les siens, et que même si on risque assurément la déception, il faut nous voir nous même et les autres tels que nous sommes véritablement, et non tels que l’on voudrait.
Témoigner par exemple que la résilience n’est autre que la conviction sans preuves que, au beau milieu de la nuit noire, une lumière existe certainement ailleurs, certitude mêlée à la patience qu’on se doit à nous même de se dire que cette lumière, on la retrouvera tôt ou tard, malgré la difficulté de ce qu’on peut vivre en traversant les ténèbres.
Témoigner par exemple que trop souvent, par manque de recul, par velléités affectives, ou tant d’autres raisons, on s’obstine dans des chemins toxiques ou néfastes pour nous, et qu’il n’y a aucunement à culpabiliser d’en sortir pour enfin se faire du bien et se donner le droit au bonheur. On est pas obligé de tout supporter, encore moins ce qui ne nous rend pas heureux.
Témoigner par exemple qu’on ne reçoit jamais rien de bouleversant ou surprenant sans d’abord donner inconditionnellement et librement. La mesquinerie n’a jamais ni ne rendra jamais personne pleinement heureux, et seul l’amour libère.
Et enfin témoigner qu’une femme artiste peut et doit vivre sa carrière et sa création comme elle l’entend. Taire ce qu’elle veut taire. Dire ce qu’elle veut dire. Librement, dans l’émancipation nécessaire à la pleine pratique de son art, quel qu’il soit, pour alors aller révéler sa vérité au monde, et puis advienne que pourra. Et que ça, c’est légitime. Difficile à faire comprendre et à accomplir dans le quotidien d’une société patriarcale qui montre ces jours-ci de plus en plus les dents, certes, mais bien légitime.

Je me, nous, vous souhaite du courage.
D’un point de vue sociétal, l’année qu’on nous promet va être des plus rudes, mais je nous fais confiance pour avoir la tête dure, et le poing levé dès qu’il le faudra. Dans l’intime comme dans le public, il serait grand temps qu’on ne se laisse plus emmerder, et qu’on se défende. On mérite quand même mieux que ce que ce système de merde nous propose.

A bientôt donc, pour des chansons, des hymnes, des écrits, et des actions.
Et merci à tous d’être là, toujours, encore.
Bonne, belle et douce année,

Mathilde