Chut, les hommes. La parole est aux femmes, là.

Mais combien de débat stériles faudra-t-il aux hommes avant qu’ils ne comprennent que leurs « Mais c’est pas tous les hommes ! Y’a des mecs biens ! » n’effaceront pas nos viols, nos incestes, nos attouchements, nos harcèlements ? Combien faudra-t-il de mouvements #MeToo pour faire se rendre compte aux hommes en tant qu’individus, que le système patriarcal dans lequel nous vivons, les privilégie indument au détriment des femmes, encore et toujours citoyennes de seconde zone en 2017 ? Leur donne insidieusement le droit de nous considérer comme à leur disposition, tout le temps, partout, comme si nous n’étions pas des personnes à part entière ?

Pour moi, ces dernières semaines, il y a d’abord eu l’émotion, vive, de voir une, puis deux, puis cent, puis des milliers de femmes se libérer par la parole, et s’unir au delà des frontières sous la bannière #MeToo pour qu’enfin – ENFIN ! – la honte change de camps. Quelle vague, quelle tempête tant attendue.
Mais au même instant cependant, avait lieu la descente aux enfers de mon ascenseur émotif. J’étais obligée de voir, de mes propres yeux, et dans la douleur de ces vérités dures qu’on déteste constater par soi-même, beaucoup trop d’hommes de mon entourage, que j’estimais pourtant, que je croyais pourtant féministes, ou en tout cas nos alliés, attaquer, minimiser, remettre en cause ce mouvement de libération et d’émancipation, et de justice. Et tout ça pour quoi ? Pour encore une fois parler d’eux, d’à quel point eux ne sont pas des porcs, de confirmer que eux sont des garçons décents… et encore une fois prendre la parole aux femmes au lieu de les écouter. Mais bordel, qu’a-t-on raté en tant que peuple dans l’éducation de nos hommes pour qu’ils soient si malappris et grossiers ?
Alors que pourtant oui, il est juste que les femmes osent enfin parler des réalités ignobles de leur quotidien. Et il est juste de les écouter enfin, et de se questionner sur la domination masculine, ce qu’elle inflige de pression et de violences aux femmes mais également aux hommes, et il est juste, essentiel et URGENT de briser tout tabou qui empêcherait l’émancipation des individus, indifféremment d’ailleurs de leur sexe ou de leur genre.

Mais hélas…
J’ai vu de plus en plus de femmes témoigner.
Et j’ai alors vu de plus en plus d’homme leur dicter quoi faire, et quoi dire, et comment le dire.
J’ai vu des femmes douloureusement reprendre le pouvoir sur elle-même par la parole.
Et j’ai alors vu des hommes à l’égo apeuré aveuglément réclamer avec insistance des médailles de mecs bien pour se rassurer.
J’ai vu des femmes dans le vif du sujet.
J’ai vu des hommes à côté de la plaque.

Et puis il y a eu, sur mon profil privé Facebook, mon propre témoignage.
Celui qui m’a demandé tellement de courage, de mise à nue, de résilience.
Comment j’ai réussi à échapper belle à un pédophile. Comment je n’ai pas pu, adulte, échapper au viol. Comment je continue quotidiennement à ne jamais avoir la paix, sur aucun de trajet de métro. Comment, comme toutes les femmes, je ne peux pas être sûre qu’on ne me retouchera pas contre mon gré, qu’on ne me violera plus, qu’on respectera mon « non » sans le comprendre comme une invitation à insister.
Et là… le choc.
Le choc de lire en retour, et exclusivement de la part d’hommes – dieu que ça me rend triste… – des reproches plutôt que de la compassion, des remontrances plutôt que de l’écoute, depuis leurs égos blessés par la forme des témoignages mais jamais, JAMAIS d’abord révulsés par les faits. AUCUN n’y a même réagit directement. Et à l’écrire me revient la même nausée ressentie à la lecture de leurs mots indécents et insensibles. Tous se sont empressés de se défendre d’être des porcs, comme s’ils avaient quelque chose à se reprocher. Comme si parler de SON agresseur incriminait tous les hommes, comme si parler de SON violeur accusait tous les hommes d’être des violeurs.
Mais quelle chose étrange, vraiment, alors qu’on est pas coupable, de se sentir quand même assez concerné qu’on en éprouve le besoin immédiat et compulsif de se dédouaner de faits dont on est pas personnellement accusés…

Et évidemment, plus j’ai parlé, plus on a voulu me faire taire, ou me faire dire autrement.
Et évidemment, plus j’ai réagi à la hauteur de la violence des pressions reçues, celles de mes interlocuteurs ou interlocutrices comme celles du système, plus j’ai évidemment été accusée d’être une méchante féministe très violente qui n’aime pas les hommes et qui dessert la cause. Rohlolo… ces pauvres petits qui n’aiment pas se faire gronder alors ils nous font des tentatives de manipulation primaires pour justifier de leur gros cacas nerveux.
Je crois qu’ils n’ont pas saisi ce qu’activiste et militante veut dire.
Ils ne doivent pas avoir non plus saisi que c’est justement parce que j’estime que les hommes sont plus intelligents que ce à quoi le patriarcat les éduque, que je suis féministe. Et pas de ce prétendu féminisme tiédasse qui ménage les sexistes ordinaires ou les habitudes conformistes, non. Féministe qui réveille !
Et je crois d’ailleurs qu’ils n’ont pas non plus saisi que si ça n’est clairement pas inscrit dans leur ADN, mon activisme est profondément ancré dans le mien, et je suis d’ailleurs bien fière au quotidien de toujours trouver en moi le courage de mes convictions. Et ce jusque dans la rue !

Car dimanche dernier, j’ai foulé les pavés de la place de la République, dans la grande sororité du rassemblement « MeToo dans la vraie vie », où étaient venus nous soutenir également, et en masse, ces hommes trop rares mais qu’il fait bon voir. Les alliés. Les vrais. Ceux qui portent notre parole en bannière, et dont l’attitude même est une médaille, une médaille que pourtant ils n’exigent pas de nous – car pour eux la décence et le respect sont une affaire de bon sens primaire et d’humanité véritable.
J’ai vu ces hommes nous rejoindre dans le Choeur et l’Orchestre Debout​, j’ai vu ces hommes jouer, chanter ou encore écouter, entendre, nos hymnes de liberté et d’émancipation. J’ai vu ces hommes porter les messages des femmes sur leurs pancartes. Dans le froid humide de ce dimanche d’octobre, mais dans la chaleur des coeurs réunis, j’ai vu des êtres, hommes, femmes, et autres, pleins de l’espoir d’un nouveau jour, d’une nouvelle ère, de lendemains d’égalité et d’équité.

Alors oui, la lutte continue.
Oui, la lutte commence et recommence.
Mais ce dont je suis sûre, c’est qu’aucune particule de mon être, de l’artiste jusqu’à l’activiste, ne lâchera l’affaire. Jamais.
Et vous savez quoi ? Je suis pas la seule.
On est plus seules.
On est ensemble.
Puissant-e-s.
Fort-e-s.
Et uni-e-s.

MatouMeToo.jpg

PHOTOS : Elsa Broclain

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