Je n’attends rien de toi.

Je n’attends rien de toi.

J’ai des espoirs. Peut-être…
Mais je n’attends rien de toi.
Et si je n’attends rien de toi, c’est parce que je n’ai aucun droit sur toi.

Aucun de mes sentiments, aucune de mes passions, aucune de mes colères ou convictions ne m’autorisent à posséder, à influencer, à manipuler ton libre arbitre pour me satisfaire.
Je n’ai pas à t’enfermer dans mes propres désirs ou dans ce que j’estime être moral, ni a t’emprisonner dans mes peurs et névroses ; celles que je me connais comme celles que j’ai encore à découvrir.
Je n’attends rien de toi.

Je n’attends rien de toi parce que tu mérites de te découvrir en fonction de toi-même et non en fonction de moi, ou d’autres, et parce que je te souhaite véritablement libre de partager ou non, sans que tu aies à connaître la prison des culpabilités systémiques toutes ces fois où tu ne voudras rien donner.
Je n’attends rien de toi, parce que tu es toi, et non moi.

Je n’attends rien de toi pour toujours être surprise, jamais déçue. Pour que jamais tu ne te dise qu’un de tes choix pourrait me décevoir.

Je n’attends rien de toi parce que ça me rendra heureuse.

Je n’attends rien de toi parce que je sais que tout ce que j’attends de la vie, moi seule peut – moi seule doit – me l’offrir, et dans ce cheminement, me trouver, m’améliorer, me construire, et traverser la vie avec au coeur, la quête du vrai, et du libre.
Je n’attends rien de toi, donc, puisque je refuse de remettre entre tes mains des responsabilités qui ne doivent appartenir qu’à moi, même celles qui me terrifient. Ce n’est pas à toi de me valider, de me rassurer, de me guider, ou de me sauver de moi-même. Ce n’est pas à toi d’endosser, que je te la remette ou que tu me la vole, la souveraineté de ma conscience. Tu portes déjà la lourde tâche d’honorer la tienne.

Je n’attends rien de toi parce que nous nous frottons tous au monde sans jamais rien y comprendre, et que c’est déjà assez difficile comme ça.
Je n’attends rien de toi car tu es et restera à jamais un mystère – pour moi comme certainement pour toi-même.
Et je n’attend rien de toi, parce que je ne veux pas t’embourber dans ce que la société a décidé pour nous, dans ce qu’il convient de faire aux yeux de tous, et y compris les nôtres qui trônent devant nos cervelles malheureusement elles aussi bien lavées par le système.

Je n’attends rien de toi, d’ailleurs, parce que je refuse que tu te soumette aux lois normative et arbitraires du lieu commun, ou de la bien-pensance – même la mienne – pour finalement ne me proposer qu’une posture bien lissée violemment entraînée à plaire, plutôt que l’affranchie vérité de tes aspérités, de tes contradictions, de ton imparfaite humanité.
Je n’attends rien de toi parce que je te rêve émancipé•e. Emancipé•e des conventions, émancipé•e des usages, émancipé•e des diktats, des pis-aller, du monde, de toi-même…

Je n’attends rien de toi, même quand je suis moi-même sommée d’exiger de toi, toi l’ami•e ou le parent, toi l’inconnu•e ou le proche, toi l’homme, la femme, l’autre, happée par le tourbillon de ces valeurs égocentriques tant portées aux nues par notre civilisation. Celle-là même qui enfante tant de servages modernes, de toutes sortes, à tous les étages, pour simplement nous avoir plus facilement à sa botte, moutonniers car malheureux, manipulables puisque désespérés.

Non, je n’attends rien de toi.

Et si je n’attends rien de toi, c’est aussi pour que tu n’attendes rien de moi. Pour que nous vivions dans la réalité de nos êtres défectueux, intimement et totalement libres.
Alors, dans cette rencontre de toi, et de moi, où nous n’attendrions rien l’un de l’autre, serons-nous peut-être enfin à même de nous voir, de nous recevoir, de nous accepter, de nous aimer, chacun et l’un l’autre, tels que nous sommes, ou de passer nos chemin sans jugement, sans procès, sans hargne…

Et, ainsi, toucher du doigt le vrai.
Le rare, et bouleversant, vrai.

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