L’artiste que je suis. L’artiste que je veux être.

( Photographie : Christine Coquilleau )

Je ne vais pas vous le cacher : j’ai de grandes ambitions. Pour moi-même, pour mon art. Et pour moi, plus grandes sont les ambitions que l’on se fixe, plus grand est le travail à accomplir. J’ai donc décidé de passer ma vie à travailler.
En soi, je pense que ce n’est pas vraiment surprenant. Mais artiste, ce n’est pas qu’un métier, qu’une vocation, c’est un état. Un trait de personnalité. Je ne deviens pas artiste à 9h en me mettant à mon bureau, ni ne cesse de l’être quand je vais dormir. Artiste est ce qu’on est, pas seulement ce qu’on fait.
Artiste, c’est donc qui je suis, et ce que je suis. Mais pour être honnête, je suis mon premier mystère à élucider chaque jour. Qui peut prétendre se connaître ? Ne sommes nous pas si souvent surpris de nos propres réactions ? De nos propres choix ? Non, vraiment, je ne sais pas qui je suis. Quand il faut, comme si souvent à l’heure des bilans, les anniversaires ou les années qui s’achèvent, que je regarde à l’intérieur de moi pour me demander qui je suis, alors je me souviens d’Oprah, et de cette question qu’on lui a posée : « What do you know for sure ? ». Le point de départ rêvé pour toute introspection. Et quand je peine à savoir qui je suis, j’y reviens inlassablement.

Que sais-je et dont je suis absolument et
totalement certaine en cet instant précis ?

Je sais que je suis artiste.

C’est mon métier, ma vocation, mon état, et mon travail, c’est ma quête et mon dénominateur. C’est mon désir et mon obsession. C’est ma vie, et toute mon attention. J’accroche à « artiste » tout ce que j’ai d’ambition, et tout ce que j’ai déjà accompli. Chanter, composer, écrire, de la musique, des chansons, des textes. Des poèmes, des romans, des essais, des pièces. Peindre, dessiner, fabriquer. Il ne se passe pas une seconde de ma vie où je ne suis pas artiste, ni une seconde où je ne m’efforce d’être à la hauteur de cette ambition, et de l’héritage laissé par tant d’artistes avant moi.

Je sais que je suis militante.

L’éveil des consciences, à commencer par la mienne, brille comme un phare dans ma pénombre, et mon rêve est de vivre éternellement dans sa lumière. Quand je peux me révolter à travers mon art, je m’y plonge les yeux fermés, mais c’est avant tout une affaire humaine, personnelle, presque intime. Je regarde le monde, et tant d’injustices, tant de statuts quo viennent serrer ma gorge et mes entrailles. Comment rester sagement sans rien faire, à juste râler sans conséquence, sans chance de vrai changement, même le plus minime qui soit, comme une simple mentalité, même juste une seule, qui change enfin de cap ?

Je sais que je suis intellectuelle.

Tout passe d’abord par la tête, avant de lâcher les fauves qui courent dans chacune de mes veines. Chaque projet de ma vie est comme un lancement de fusée, et plus le projet est fou, et grand, plus ma tête sera de mèche avec mon coeur pour laisser le moins possible de choses au hasard. Je suis convaincue que la vie est faite de choix et des résultats de ces choix, le hasard n’a que peu de poids. Il est un bonus de l’existence, mais il n’est définitivement pas assez fiable pour que je remette constamment entre ses mains mon éternelle quête du bonheur et de la plénitude.

Je sais que je suis controverse.

Plaire à tout le monde et à tous prix ne m’intéresse absolument pas. Une aberration, à l’ère des réseaux sociaux où la validation par l’autre est le but de tant d’existences ! Quand on veut plaire à tout le monde et à tous prix, on cesse d’être soi, on cesse d’être vrai, et on cesse d’être honnête, affectivement, intellectuellement. Et il m’est impossible de penser interagir avec le monde de manière malhonnête. Aussi, partir à la recherche du véritable soi est pour moi l’assurance que quoiqu’il arrive, je ne mentirai jamais à personne sur qui je suis, ce que j’attends, ce que je peux offrir. Ça ne veut pas forcément dire se dévoiler intégralement tout le temps, mais ça veut dire que quand je choisis de me dévoiler, je serai la plus vraie possible, quitte à ne jamais faire l’unanimité, quitte peut-être même, à connaître la solitude, sentimentale, émotive, intellectuelle.
En tant qu’artiste, en tant qu’humain, je n’ai de toute façon que ma propre vérité à offrir. Et dans un monde si dangereux qu’on peut le quitter pour l’au-delà sans crier gare, je crois bien que je n’ai pas le luxe de m’évertuer à plaire à ceux qui ne comprennent rien à qui je suis, et que je ne comprends pas en retour.

Je sais que l’amour libère.

Dans toutes les situations, à l’issue de tout, l’amour libère. L’amour pour l’autre, l’amour pour une passion, ou même notre amour propre. L’amour libère, toujours, tout le temps, et quand tout semble sombre, c’est quoiqu’il arrive l’amour qu’il faut choisir. Le choix de l’amour est pour moi le choix le plus humain, juste, honnête, moral et sage qu’on puisse faire, et il n’engendre jamais de regrets ni de remords. L’amour pose le cadre délicat de tout le reste, vient au bout de l’égo et ses combats stériles et vains, et ouvre des portes qu’on ne soupçonnait même pas d’exister. L’amour, c’est l’immuable et le surprenant à la fois.

Je sais que je suis insatisfaite.

Je ne m’épanouis que dans les processus, et non les résultats. C’est précisément cette insatisfaction qui me pousse à ne jamais me contenter de celle que je suis, et à partir à la recherche de celle que je veux être. Je sais que je peux devenir un meilleur être humain chaque jour qui m’est offert de vivre, mais je ne cherche pas la perfection, je cherche la plénitude. Nous sommes des créatures vouées à l’imperfection de toute façon, le nier ne serait que l’assurance d’une vie passée à être déçus. Mais il est une chose miraculeuse chez nous les humains, une chose qui m’émeut toujours : nous possédons la pensée, et le libre arbitre. Nous pouvons donc influencer nos vies, et notre futur, de par nos choix.
Un défaut, ce n’est finalement pas un aspect négatif de notre personnalité qui ferait éventuellement chier les autres. Un défaut, c’est cette émotion néfaste qui des fois nous envahit, ou ce trait de caractère, qui nous handicape nous-même dans notre propre quête du bonheur. Un défaut c’est ce qui nous dessert, et dont on est la première victime. Mais, magie, entre nos mains, dans l’intimité de nos coeurs et de nos pensées, réside le pouvoir infini de travailler à l’érosion de ce que nous n’aimons pas chez nous, de ce qui nous déplait, ou nous entrave.
La personne que nous serons demain pourra toujours être une meilleure version de nous même, pourvu qu’on le décide.

Aujourd’hui, nous sommes le 16 janvier 2017.

Comme pour tous, c’est l’heure du bilan de l’année passée et des résolutions pour l’année naissante. C’est d’ailleurs comique cette échéance comme un couperet, alors que chaque jour qui passe en est une en soi. Pourtant, chaque St Sylvestre nous pousse au bilan, et aux nouvelles promesses à nous même, et aux autres.
Et cette année, peut-être parce que 2016 n’a pas été à la hauteur des siennes et qu’il faut palier le manque pour ne pas perdre pied, j’ai des promesses plein les bras pour 2017.

Du fond du coeur, Je veux continuer à placer l’amour au centre de toutes mes considérations, et de mon art.

Quelle tâche difficile… ne sommes-nous pas tous mus par nos démons intérieurs et secrets ? Ne semblent-ils pas si souvent impossibles à vaincre ? Leur seul ennemi, fatal et juré : l’amour. L’amour, éternel antidote contre tout. L’amour qui libère, soi, et l’autre qu’on aime. L’amour qui triomphe de toutes les vanités et mesquineries. L’amour qui grandit.

Je veux continuer à mener une carrière intègre, et rester vraie.

Faire des choix selon mes convictions profondes, et ne jamais m’embarquer dans la course à la popularité creuse. Si le public vient se pencher sur ce que j’ai à raconter, autant que ces mots, ces notes, ces émotions me ressemblent, ainsi, et seulement ainsi, pourrons-nous partager et vivre des instants incroyables. J’espère, de la même manière, avoir la chance de continuer à poursuivre mes idéaux aux côtés de musiciens qui comptent pour moi. Et je veux coûte que coûte continuer à me battre contre le snobisme, la vanité et la suffisance qui pourrissent les milieux d’art. Je veux pouvoir me regarder dans la glace tous les jours en étant l’amie de mon reflet. Garder la tête froide, ou exploser comme un volcan, mais avant tout rester mon propre maître, et n’être le jouet de rien ni personne d’autre que moi-même.

Je veux vêtir mon rôle d’artiste de tous mes idéaux.

Regarder le monde et la vie avec des yeux candides et lucides, et décrire ce monde que je vois avec ma musique, ma voix, mes émotions sur scène, mes textes, aussi honnêtement que possible, avec poésie, délicatesse, politique, tact, sentiment, rage, tout ce qui sera nécessaire pour magnifier les beautés ou dénoncer les horreurs. L’artiste n’est pas, n’a jamais à être, ne devrait jamais se limiter à être, une machine à sous sans substance. Qu’auraient fait les artistes que j’admire en leurs temps ? Je veux que cette question m’habite toujours.
Et je veux continuer à ne pas laisser de peurs contrôler ma vie. J’ai peur de plein choses, comme tout le monde, et je crois qu’être courageux n’est pas l’absence de peur mais bien le choix de ne pas laisser ces peurs dicter mes actions. Je veux continuer à tout faire pour être courageuse, et agir en fonction de ce que je sais, ou pense, être juste.

Il est impossible de séparer l’artiste de la personne, elle et moi ne sommes qu’une seule et même entité.

Aussi, toutes mes aspirations d’artiste ne sont finalement que des aspirations humaines avant tout. Rester fidèle à ses idéaux humains n’est pas l’apanage des artistes, et vouloir tous les jours devenir une meilleure version de soi est à la portée de tous, et le désir de beaucoup. Et quelque part, c’est bien ça qui me fait garder espoir en l’humain, et sa capacité à changer le monde. C’est NOUS qui faisons le monde. Ce n’est pas le monde qui nous fait.

L’artiste que je suis n’est presque finalement que le brouillon passager de l’artiste que je veux être, un croquis pour un plus grand projet. Tous les jours, donc, naturellement, je re-dessine, je réécris, je retrace, je gomme, je recommence, je change de page, je continue… tous les jours je remets l’ouvrage sur le métier, non pas pour perfectionner l’oeuvre mais pour maîtriser le geste. Quelque part, les vraies résolutions et le vrai succès sont là, dans l’intimité de nos propres aspirations, dans le moment où on se surpasse soi-même, quand c’est à soi-même que l’on enseigne, et qu’avec soi-même on grandit. Soi-même avec qui on est seul.
Qu’avons-nous d’autre à offrir à ce monde entier avec qui nous voulons partager que nous même ?

L’artiste que je suis n’est qu’un mouvement.
L’artiste que je veux être est une danse.
Chaque pas compte. Né du précédent, dessinant le suivant.
Et j’ai la vie toute entière comme partenaire de farandole.
Dansons tous ensemble avec elle, qui n’est que bras ouverts !

Mathilde

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