Comme moi, en France, une femme sur 10 a déjà été victime de violences conjugales.

Il était une fois, une Mathilde très jeune, trop jeune, qui malheureusement, ne connaissait encore ni la vie, ni le monde, ni le vrai bonheur épanouissant de son couple et son amour d’aujourd’hui…
Une Mathilde que j’aimais beaucoup, un peu naïve, toute fraiche, toute innocente. Et si je parle d’elle au passé, c’est parce que cette Mathilde-là, je ne la reverrai plus, et plus personne ne la rencontrera. Cette Mathilde-là est morte.

J’ai du ré-écrire le début de ce billet au moins 20 fois, me demandant comment j’allais vous parler de tout ça, parce que je ne veux absolument pas tomber dans le patos. Pourtant, il est, je pense, essentiel que je n’édulcore rien non plus. Tour à tour en écrivant, ce sont des larmes de tristesse et des larmes de colère qui tombent, comme dans un tourbillon de souvenir où elles se mélangent aujourd’hui comme jadis, et je voudrais les retenir, mais il est temps maintenant. Il est temps de parler. Parler pour témoigner, témoigner pour réveiller, et réveiller pour tout changer.
Je ne rentrerai pas dans des détails sordides et impudiques, parce qu’être digne est important pour moi. Mais je vais vous dire des choses. Des choses graves. Des choses choquantes. Des choses bouleversantes.

Ma première histoire d’amour, j’avais 19 ans.
Au début, tout allait bien, évidemment – au début, tout va toujours bien.
Au début, on pardonne les engueulades, on se dit que c’est ça la passion. On a lu tellement de bouquins, vu tellement de films, de pubs. On a des siècles et des siècles de servitude et d’asservissement dans la tête, d’entrainement à la négation de soi dans l’amour… et à 19 ans, on sait rien. Rien du tout. Mais ça, on le sait à 30. Et à 40, on sait qu’à 30, on savait rien non plus. Et ainsi de suite.
J’avais 19 ans, et je comprenais rien. Je pensais tout savoir, et faire comme il faut. Je pensais que pardonner, tout supporter, c’était ça aimer. Je pensais que me forcer à nier ma nature profonde, de femme libre et sauvage, c’était ça, prouver mes sentiments.
Et quand j’ai commencé à me faillir à moi même, quand je n’ai plus pu rentrer dans la case qu’il avait prévu pour moi, quand je dépassais un peu, quand je regardais au dehors, quand je sentais que c’était pas la mienne et que je voulais en sortir… arrivait la violence. La violence folle.

Je me souviens des cris, et de ses mains qui me brutalisaient pour un rien, comme ce jour où la fourchette a heurté mes dents en mangeant.
Je me souviens d’avoir si souvent supplié, hurlé, à m’en casser la voix. Ne pas pouvoir chanter pendant deux mois, et le soulagement plein de honte d’avoir l’hiver comme alibi.
Je me souviens que quand c’était pas le corps, c’était dans ma tête qu’il sévissait, avec ce qui je crois est encore pire que les coups… les mots. Il m’en a beaucoup dit, des mots.
Je me souviens de la honte qui avait germé dans cette tête qui ne fonctionnait plus bien, cette honte qui me poussait à mentir, à mes amis, à mes parents. Cette honte comme un petit monstre au dedans qui me répétait sans cesse « comment toi, TOI, élevée au bon grain du féminisme et de l’indépendance, as-tu pu en arriver là, te retrouver prisonnière, pétrie par la peur ? Comment ? ».
Je me souviens de la salle de bain, et moi dans la baignoire, seule avec mes idées noires. Puisqu’inévitablement il me tuerait un jour… et si je m’en chargeais moi ? Ça serait probablement plus digne si c’est moi. Moins douloureux.
Je me souviens de cette chambre d’hôpital, de mes mains sur mon ventre désespérément vide, et de ce bébé qui lui n’a pas survécu.
Et je me souviens de cette fiesta dans mon appartement d’étudiante, avec des amis, et le téléphone qui sonne, qui sonne, sans s’arrêter, je sais que c’est lui mais ils sont là, le téléphone qui sonne encore, et encore, l’obligation d’y répondre, les menaces, « T’es avec qui là, QUI ? », mes copains qui s’emparent du téléphone, la panique généralisée, les regards incrédules et pétrifiés de tout le monde autour de moi, mes copines qui me font tout leur raconter, le soulagement et la peur en même temps, et mes amis qui restent avec moi ce soir là pour me protéger jusqu’au matin…
Ce matin chez les flics, aux aurores, gravé dans ma mémoire.
Là où j’ai tout raconté. Là où tout s’est terminé.

J’ai arrêté mes études, rendu les clés de mon appart, je suis rentrée chez mes parents, et quelques mois plus tard, je partais à Londres. La fuite. Loin. Je ne savais alors pas que j’allais vivre deux des plus heureuses années de ma vie, je voulais juste partir loin.
J’avais aussi fermé mon coeur. Je pensais même à l’époque, l’avoir fermé pour de bon. C’était mal me connaître moi-même, mais ça, à l’époque, je ne le savais pas. J’avais fermé mon coeur mais c’était le cadet de mes soucis, j’avais d’autres choses à faire, et d’autres amours à vivre. J’avais des amies incroyables, drôles et audacieuses, je vivais dans une ville dont j’étais éperdue, je m’occupais d’un petit bout de chou exceptionnel, je subvenais tant bien que mal mais pour la première fois à mes propres besoins, et surtout, je chantais à nouveau.
J’ai connu des hommes là bas, des fois des vraiment adorables, qui m’aimaient beaucoup même, mais j’étais pas prête. Et si je sentais un petit peu de sentiments amoureux en moi, je les étouffais comme je pouvais. J’étais pas encore réparée. Et même si je recollais en secret un à un les morceaux, je savais pas encore si la colle prendrait ou pas…

Un jour, je suis rentrée à Paris, et j’ai rencontré l’amour de ma vie.
C’est lui qui m’a aidé à finir de me reconstruire, qui m’a aidé à aimer à nouveau, et comme il faut. C’est lui qui m’a fait me rappeler que j’aime aimer, et que l’amour, j’aime en donner. C’est lui, en quelque sorte, qui m’a rappelé pourquoi je chante.
Et quelque part, je pensais ne jamais chanter cette souffrance là. Mais en juin dernier, alors que je m’apprêtais à écrire pour une autre artiste, j’ai ouvert les vannes du passé, et la chanson est arrivée. D’un bloc, comme si je l’avais écrite depuis tout ce temps, et rangé dans un coin de ma tête pour le jour où je serai prête. Elle a débarqué sans rien dire, d’un coup, et m’a prise à la gorge.
Tout l’été je me suis questionnée. Dois-je la chanter en public ? Est-ce nécessaire ? Utile ? Trop impudique ? Trop personnel ? La chanson en elle même… est-elle bien ? A la hauteur ? Je me suis trituré la tête jusqu’à ce que plus rien d’autre importe que la chanter pour briser le tabou. Moi, j’étais déjà réparée, j’étais déjà sauvée… mais toutes les autres ?

Aujourd’hui en France, une femme sur 10 a déjà elle aussi été victime de violences conjugales. On estime la statistique mondiale à une sur trois. UNE SUR TROIS, vous vous rendez compte ? Alors en cette #JournéeOrange, la Journée Internationale de Sensibilisation aux Violences Faites Aux Femmes menée par l’ONU, je ne pouvais donc rien faire d’autre que vous livrer mon témoignage, par écrit ici, et en musique avec cette nouvelle chanson ‘Il était une fille’, parce que ce n’est qu’en brisant le silence qu’on pourra changer les choses, les mentalités, les vies. Alors partagez ce clip fort, les amis ! Créez le débat, partout ! Parlez-en à vos proches, votre famille, vos enfants, vos collègue, mais par pitié, brisez le silence. Brisez le tabou. Je compte sur vous.

Mathilde


Il était une fille

Approchez mes amis
Approchez, approchez que je vous montre
Que doucement je vous raconte
Sans jamais de haine, ni de honte
Une histoire pas jolie
Une histoire qui me réveille, me réveille toutes les nuits

Il etait une fille,
Une fille au cœur fragile,
Douceur docile,
Qui n’attendait que l’amour,
“L’amour toujours”…
Si elle m’avait écouté
J’aurais peut être pu la sauver !

Il était une fille,
Qui n’était que bonheur,
Gaité, candeur,
Et quand elle l’a rencontré,
Son tout premier,
Cette petite écervelée
Elle lui a tout, oui, tout donné !

Pitié, pitié”, “arrête, s’te plait”,
“J’t’en prie”, “je t’aime”, “je t’en supplie”
Tous ces mots que tu cries
Quand tu crains pour ta vie…
Quand il te laisse sur le carreau,
Qu’il t’a fait ravaler tes mots,
Et ton amour aussi…
“Allez va, c’est fini”

Il était une fille,
Elle l’aimait malgré tout.
Il était fou,
Fou d’elle, c’est c’qu’il disait…
Elle le croyait
Mais si elle venait à douter,
C’était la branlée assurée.

Il était une fille,
Prisonnière de sa peur,
De la terreur,
Un appareil à blessure…
“Ça y est, c’est sûr,
Aujourd’hui je vais y passer…
Aujourd’hui sera le dernier !”

Pitié, pitié”, “arrête, s’te plait”,
“J’t’en prie”, “je t’aime”, “je t’en supplie”
Tous ces mots que je crie
Quand je crains pour ma vie…
Quand il me laisse sur le carreau,
Quand je pense qu’il aura ma peau,
Et la fin de ma vie…
“Allez va, c’est fini”

Il était une fille,
Qui n’était que bonheur,
Gaité, candeur,
Il était une fille
Qui n’est plus là.
Elle me manque, mais voilà…
Cette fille, c’était moi…

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