Je les aime tous, mon hymne à la femme libre.

Il y a une conception très étrange du féminisme qui consiste à croire que les féministes (qui je le rappelle ne sont pas tous des femmes) n’aiment pas les hommes. C’est du grand n’importe quoi. Les féministes n’aiment simplement pas les systèmes établis, quels qu’ils soient, qui autorisent de manière flagrante ou tacite la maltraitance privée comme publique des femmes sous prétexte qu’elles sont des femmes – et, vous le savez tous déjà, dans une société aux valeurs toutefois masculinistes voire machistes, on a donc fort à faire sur le sujet. Sauf que bon, je les aime, moi, les hommes ! Beaucoup, même ! Et ça m’empêche pas DU TOUT d’être féministe pour autant, voyez. Et c’est peut être justement parce que je les aime tant que je refuse catégoriquement de les laisser patauger dans un sexisme qui les dessert sur tous les plans. Qui dessert tout le monde, en vérité.
Histoire d’encore une fois rabâcher qu’il ne s’agit pas d’un mouvement suprémaciste (parce que je vois déjà venir les trolls), je me permets de rappeler que le féminisme est « simplement » un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partage un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. Du coup, pour moi, le féminisme n’a malheureusement de raison d’être que le sexisme, qui lui par contre n’a franchement aucune raison d’être.

Adios sexisme = adios feminisme !

Un peu comme : plus de maladie = plus besoin de vaccin ! Mais vous et moi savons que ce n’est pas si simple. Vous et moi savons qu’on en est encore bien, bien loin…

Il n’y a même pas quelques jours, j’étais prise dans un débat Facebook, apparu sous une publication de mon amie metteure en scène Ariane Raynaud dans laquelle elle relatait une expérience pédagogique ratée alors qu’elle subissait, comme nous toutes au moins une fois par sortie dans les transports en commun, un harcèlement de rue. Je vous la fais courte : elle s’est faite aborder par un gars (nous l’appellerons Le Mec) dans le métro alors qu’elle se mettait du rouge à lèvre, elle a tenté de lui expliquer qu’il ne fallait pas faire ça surtout quand TOUS les signes qu’elle donnait étaient « me parle pas », elle lui a demandé donc de ne plus l’importuner, le mec a dit OK, puis 5 secondes plus tard… « mais vous êtes vraiment jolie »…..

FRANCHEMENT :

Alice-facepalm
#FACEPALM

S’en est suivi un débat d’environ 400 commentaires (on était chaud).
D’un côté, les féministes et les non-sexistes (euh… ah oui, pardon. C’est la même chose, en fait.), essayant de centrer le débat sur la culture du viol qui reste un des tabous de notre société et qu’il faut le faire éclater fissa, et sur comment mettre dans toutes les têtes que quand quelqu’un (en l’occurrence une femme, mais c’est valable pour tout le monde) dit / fait comprendre « non », et bien ça veut dire NON, et qu’il est interdit de passer outre son consentement, quelles que soient les circonstances.
De l’autre côté, deux individus, un homme et une femme, qui, au lieu d’apporter au débat, rétorquaient des « oui mais moi… ».
« Oui mais moi… je trouve que c’est pas du harcèlement quand en fait, c’est un compliment qu’il t’a fait, non ? T’aimes pas les compliments ? »… (Pas quand je t’ai déjà dit de ne plus me parler, non).
« Oui mais moi… j’ai vécu des choses plus dures que ça, donc tu devrais pas venir parler d’un truc si trivial, surtout en public, c’est odieux pour ceux qui ont vécu des vrais trucs… » (Ah ? Minimiser mon expérience efface les traumatismes des autres victimes ?)
« Oui mais moi… je fais pas chier les filles dans la rue ou le metro. Par contre, une lesbienne est venue draguer ma meuf. Elle ont le droit, les lesbiennes, c’est ça ? »… ( = « La route, ça tue. Ok. Mais les météorites tombées du ciel aussi, tu sais ? PS : moi, je suis un mec bien.« )

« Tais-toi, victime ! On N’entend pas les explications de ton bourreau… »

A aucun moment, Ariane, victime comme trop souvent de ce fléau du quotidien qu’est le harcèlement de rue auquel on est tellement habitué qu’on trouve ça quasiment banal (et ça, ça me fait froid dans le dos), mais qui pour une fois en parlait, et avec pédagogie qui plus est, n’a été considérée légitimement en tant que victime par ces individus. Au lieu de lui demander son ressenti, l’impact que cet épisode (malheureusement non isolé) avait eu sur son mental, son moral, son estime d’elle même, ils ont discouru sur Le Mec, à tenter de trouver des explications et des excuses pour son comportement, la bouche cependant pleine des reproches et jugements à l’égard d’Ariane. A grand coup de hors sujet, comme s’ils avaient peur de pointer du doigts le tabou qu’on était justement là pour mettre en lumière, ils se sont attardés sur la psyché de Le Mec, sur eux même en comparaison à Le Mec comme quoi si eux sont gentils Le Mec aussi, et ont coché pratiquement toutes les cases du Bingo Féministe
Ils ont affirmé qu’Ariane n’utilisait pas le bon mot.
Ils l’ont sommé de changer de sémantique.
Ils l’ont invité à relativiser.
Ils lui ont dit qu’elle se trompait de combat.
Ils ont affirmé que ce n’était pas grave.
Ils lui ont reproché d’en parler publiquement.
Ils l’ont accusé de faire un fromage d’un tout petit rien.
Ils lui ont dicté ce qu’aurait dû être sa réaction.
Ils l’ont forcé à se justifier de son ressenti.
Et j’en passe…
Ils étaient, sans le savoir, en train de prouver la raison d’être même du débat que nous menions : si habitués à cette culture du viol qui vise à culpabiliser les victimes quelles qu’elles soient pour laisser faire les bourreaux, plus ou moins cruels ou conscients de leurs méfaits, ils y participaient implicitement en intimant à Ariane de, elle, changer de ressenti, de comportement et de mode de pensée. Et en discréditant les agressions au bas de l’échelle du harcèlement, comme s’ils en enlevaient des barreaux qu’ils jugeaient inutiles, outre le fait qu’ils montraient sans honte un manque d’empathie flagrant, ils ne se rendaient pas compte que c’était toute l’échelle qui était alors fragilisée, et que l’intolérance face aux agressions, aux petites et constantes du quotidien comme aux pires qui ne sont malheureusement pas assez rare, doit être GLOBALE ET TOTALE.

« Mais c’est comme ça que le monde tourne, ma petite chérie… »

Que tous les fatalistes pessimistes quittent ce blog et l’oublient instantanément. Que ça soit dit une fois pour toute, je suis de ceux qui voient les verres à moitié plein, et quand on me dit « Oui, mais on ne peut pas changer le monde », je rappelle gentiment que le monde dans lequel on vit a été fabriqué comme tel, et comme toute les choses fabriquées qui s’avèrent finalement être dangereuses, on doit les détruire et reconstruire, les changer, les modifier et les améliorer. Il faut « désamianter » les têtes et les coeurs, en quelque sorte.
Ceux qui me lisent ou me suivent depuis un moment savent aussi que je suis engagée dans tous les mouvements dont je juge qu’ils aident chacun à devenir chaque jour plus libre, car la liberté est une des principales clés du bonheur, et que pour moi, la vie doit être passée à être heureux. C’est d’ailleurs le message que je tente tous les jours de faire passer dans ma musique.

Mais comme le dit si bien Emma Watson dans son discours aux Nations Unies, pour changer les statut quo, il faut s’y mettre TOUS ensemble, parce que le sexisme touche tout le monde, de près ou de loin. Personne ne peut se sentir plus humain, plus heureux, grandi, épanoui, en étant sexiste, actif ou passif. Il faut agir, dénoncer, aider, et des fois, ça passe simplement par écouter, ou dans le cas de ce que je vous ai raconté plus haut, de reconnaître les actes de sexisme, et pointer du doigts les rouages de ce système qui concerne les hommes comme les femmes.
Prendre conscience, c’est déjà changer les choses ! Prendre conscience du monde, trouver le courage de la lucidité, et abandonner la mesquinerie du conformisme, c’est déjà le premier pas pour le changer. Et pour le changer, il faut également le dire, et le redire, et le redire : le sexisme n’est PAS une affaire de femmes ! Les violences faites aux femmes, du plus petit harcèlement, au pire des crimes, sont aussi, ou comme le dit Jackson Katz sont surtout, une affaire d’hommes.

Mais après tout ça, je vais vous confier un secret. Un secret que je développerai peut-être dans un autre billet de blog, et qui fait certainement de moi une activiste politique plus qu’une activiste féministe d’ailleurs.
Mon secret, le voici : d’avantage que l’égalité pour tous, j’aspire à la justice pour tous.

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Il n’y a pas de justice sans égalité ! Mais l’égalité sans justice ne mène finalement trop souvent qu’au maintien organisé de ces mêmes inégalités. L’égalité, ce sont les même droits et devoirs pour tous, mais d’aucun savent que nous ne sommes pas tous égaux face à la vie. Nous n’avons pas tous les même armes, les mêmes attributs, les mêmes qualités, défauts, la même force. La justice, c’est l’égalité 2.0 ; le moyen d’être égaux dans l’empathie de la situation physique, psychique, sociale, économique de chacun.
Et la justice pour tous, je la cherche, et je l’attends. Another day, another fight.

« Mais, et Je les aime tous dans tout ça ? »

Alors déjà :

Ensuite, je pense que l’éducation par la parole est la clé des champs de la justice et de l’égalité pour tous. Je me pose des questions, voyez ? Pourquoi dans l’éducation de leurs enfants, filles ou garçons, les femmes perpétuent le même système sexiste dont elle souffrent très probablement elle-même au quotidien ? Pourquoi les hommes, malgré l’amour qu’ils disent porter à leur mère, leurs soeurs, leurs filles, veulent continuer à les enfermer dans un système qui les voue à être heurtées et malheureuses ? Ce sont des mystères pour moi. Alors j’écris, pour les révéler au grand jour, avec l’espoir qu’ils seront débattus.

Quand j’ai écrit Je les aime tous, je l’ai écrite avec tout ce que je suis. Je n’ai pas de problème avec mon genre, ni avec ma féminité, ni avec mon humanité qui cohabitent assez bien avec mon animalité puisque je reconnais son existence. Je n’ai pas de problème à être ouvertement féministe tout comme je n’ai pas de problème à aimer les hommes. Peut-être justement est-ce parce ce que je suis une féministe libre que je peux véritablement les aimer.

J’ai écrit Je les aime tous parce que j’aime aimer. Aimer sous toute ses formes. Et c’est parce que je suis féministe que je sais que j’ai le droit d’aimer comme je veux. Et quand je veux. Et comme je veux. J’ai le droit d’aimer un homme, ou plusieurs, d’en aimer aucun… j’ai même le droit d’aimer les femmes. Ponctuellement, ou toute la vie. J’ai le droit à l’amour platonique, comme j’ai le droit à l’amour charnel, j’ai le droit de donner mon coeur à certains, mon corps à d’autres. Rien de tout ça ne fait de moi une fille de peu ou une indécise. Ça fait de moi une femme qui sait faire des choix pour elle même, justement. Et les filles de peu, voilà encore bien un concept machiste perpétré par l’humanité toute entière…
Le coeur est immense, et j’ai toujours voulu l’explorer jusque dans ses moindres recoins, mais il est si vaste que j’y suis encore ! Dans mes aventures, des fois j’y emmène ma tête, des fois mon corps, des fois tout.
C’est mon coeur, c’est mon choix. C’est mon corps, ce sont mes règles.

J’ai écrit Je les aime tous parce que mon amour pour les hommes leur donne certainement des privilèges, mais il ne leur donne aucun droit sur moi. Comme je n’ai aucun droit sur eux. Combien de millénaires de contrôle sur les femmes par le contrôle de leur corps ? De leur sexualité ? Et de leurs émotions qui sont rabaissées quand elles ne rentrent plus dans les cases des inhibitions masculines ? Combien d’asservissement par le leurre de la mièvrerie romantique ? Des codifications amoureuses ? Et combien d’hommes manipulés du bout de leur faiblesse pour la chair ?

J’ai écrit Je les aime tous parce que je suis heureuse. Heureuse d’aimer, heureuse d’être libre, mais surtout heureuse de pouvoir vivre tout ce que j’ai envie de vivre, et heureuse de ne pas être obligée de vivre ce que je ne veux pas vivre. Je l’ai écrite pour la chanter, librement, au milieu d’amis et de musiciens qui sont des hommes, et qui portent ma liberté avec moi.

J’ai écrit Je les aime tous parce que je suis libre.
Libre.
Libre.
Libre…
Je suis libre.

Mathilde

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