Le Temps Du Tango, et la belle nostalgie de Léo.

Quand je serai grande, je voudrais être la fille musicale de Léo Ferré. Cette écriture libre et singulière, ce goût pour les mots, les mots rares tout comme les mots du peuple, et cette passion fébrile pour le texte, son sens, son sentiment… et quelle gnaque. Quel engagement.

Oui, Léo, j’aimerais qu’il fut mon mentor, mon père musical s’il n’était pas déjà parti.
Mais si je dois être tout à fait honnête, je n’ai pas toujours aimé Léo comme je l’aime aujourd’hui. Petite, à la maison, ma mère n’avait que son nom à la bouche, et honnêtement, j’en avais un peu marre. Mais j’en aimais tout de même quelques chansons, même si la frénésie maternelle m’avait un peu découragée d’aller de moi-même en entendre plus. Toutefois, les graines étaient bien plantées, et si le terreau était au départ réfractaire, des années plus tard, les pousses ont définitivement pris du centimètre.

Printemps 2014, me voilà en pleine introspection, arrivée au bout d’un processus perdu au beau milieu du jazz. Mais récemment contactée par les casteurs de The Voice, j’étais entrée alors dans une période décisive de ma vie, à me poser des questions plus sérieuses que jamais sur mon avenir, ne serait-ce que pour savoir si j’avais bel et bien envie de participer à l’émission, déjà, et comment y participer sans m’y paumer moi-même en route par exemple. J’ai alors commencé à véritablement me demander ce que je voulais y chanter si jamais j’y participais. Dans mon coin, comme ça, pour voir, j’ai alors écouté et essayé pas mal de choses un peu jazz chanson type Nora Jones & Melody Gardot, des choses plus pop, comme Adèle ou Calogéro, et évidement, de la chanson française, la grande de la belle époque. Et forcément, ça voulait dire Brel, Barbara, Brassens, Aznavour, etc… et indubitablement Férré.

Avec des copains musiciens, j’ai alors incidemment (ou pas) fixé une date pour un petit concert one-shot par amour des chansons de Léo et aussi parce que faire des concerts, c’est toujours chouette. C’était dans un lieu tranquille, la cave du 38 Riv, intimiste, doux, de quoi tenter une première approche de ce répertoire dans un cocon. Enfin… en théorie.
En pratique, pour plein de raison dont certaines totalement extra-musicales, le concert ne se passa pas très bien, et ce n’était pas le cocon attendu. C’était pas nul, hein ! Mais bon, c’était pas la folie non plus. (Et je sais que je suis super chiante et exigeante de ouf avec moi-même mais là, je jure, je suis le plus objective possible et vraiment c’était pas le Pérou). Par contre, et c’est en ça qu’on voit la sagittaire au fond de ma petite tête, c’est que j’en ai tiré des belles leçons. Des leçons desquelles je continue à apprendre aujourd’hui d’ailleurs. C’est un concert qui m’en a dit beaucoup sur l’artiste que j’étais à ce moment là, sur celle que je voulais devenir, mais que, clairement, je n’étais pas encore. Ça m’a appris que, si jamais je voulais avancer comme j’imaginais et arriver où je voulais, ça allait me coûter, et que je laisserai malgré moi des gens sur le bord du chemin. Ça m’en a aussi beaucoup appris sur la manière dont j’aimais bosser, ou plutôt, la manière dont je n’aimais PAS bosser, et donc qu’il fallait que je change mon fusil d’épaule si je voulais un jour toucher du bout des doigts mes propres aspirations. Et encore plus essentiel que ça, ce concert m’a appris à quel point la chanson française provoquait en moi des émotions neuves, bouleversantes, surprenantes, et que j’avais un mal fou à contrôler sur scène. Des émotions qui ne se géraient apparemment pas du tout pareil que celles du jazz. Il fallait donc que je me retrousse les manches fissa, parce qu’il y avait un pain certain sur la planche.

Ce jour là, j’ai aussi compris que Quartier Latin était une de mes chansons préférées de Léo. Elle me donnait des frissons rien qu’à la chanter, et jusqu’alors, aucune musique ne m’avait provoqué des frissons en chantant.
Le jazz, lui, il me collait des papillons…. mais pas des frissons.

Puis le temps a passé, et rapidement, il a fallut que je fasse parvenir à mes casteurs une liste concrète de titres que j’envisageais de chanter dans The Voice. En recoupant leurs listes de propositions avec la mienne, on était arrivé à ça :

TITRES FRANCOPHONES
L’aigle noir – Barbara
Le petit bal perdu – Bourvil
Bruxelles (Calogero Cover) – Dick Annegarn
Double Je – Christophe Willem
Petite Marie – Francis Cabrel
Avec le temps – Férré
Mon frère – Les 10 commandements
L’homme pressé – Noir Désir
Cendrillon – Téléphone
Chanson d’ami – Zazie

TITRES ANGLOPHONES
Rumor has it – Adele
You know I’m no good – Amy Winehouse
Fix You – Coldplay
More than words – Extreme
The Way You Make Me Feel – Michael Jackson
Sitting on the dock of the bay – Otis Redding
Who Wants to live forever – Queen
Superstition – Stevie Wonder
Hey Jude – The Beatles
Ho Hey – The Lumineers

En revoyant cette liste, je m’étonne moi-même, je vous avoue… moi qui pense toujours ne pas être assez éclectique et qui ai toujours une peur bleue d’être snob (Snob est dans ma liste des choses que je ne veux jamais être dans ma vie, le snobisme n’étant que la personnalité à 2 francs de ceux qui ne savent que suivre).

Cette année là dans The Voice, c’est finalement l’ami Guilhem Valayé qui chantera du Léo. Je sortirai d’ailleurs face à lui et cette chanson en huitième de finale (Et oui, The Voice est un jeu, rappelons-le !). Mais comme vous le savez, à la sortie m’attendait Naïve ; l’un dans l’autre, je n’étais donc pas vraiment triste que la vie continue 🙂
On s’est très vite mis, mes équipes et moi, à travailler sur l’album et ses reprises, et honnêtement, il a fallu que je me fasse fureur pour truffer la liste d’autres auteurs, parce que tout ce qui me venait d’emblée était de Ferré. Avec le temps, Quartier Latin, La Nuit, Les Etrangers, La Mémoire et la Mer… Finalement, on n’enregistra de Léo que Quartier Latin, qui pour des raisons qui m’échappent aujourd’hui, n’est finalement devenu qu’un bonus digital.

Du coup, un peu frustrée de ne pouvoir rendre hommage au grand jour à Léo, je me lâche désormais en live ! Et pour le premier concert du #JeLesAimeTOUR le 12 mai dernier au Café de la Danse, j’ai choisi un double hommage. Un hommage à Léo, et un hommage à mes parents qui m’ont fait le découvrir, et particulièrement cette chanson – Le Temps Du Tango…

Ah, mon Léo… J’ai mis tant de temps à te chanter, parce que je n’étais pas prête, pas mûre. Pas prête pour toi, et pas prête pour la Chanson Française. J’ai mis tant de temps à te chanter de peur que tu me donnes des hauts le coeur tellement j’avais soupé de ta voix, qui, finalement, et j’espère que tu me le pardonneras, ne sera pas ce que je préfère chez toi… alors que ta plume ! Longtemps je ne t’ai pas chanté parce que, femme, je n’osais chanter des chansons d’hommes. Longtemps je ne t’ai pas chanté parce qu’on ne te chante pas, en fait. En fait, on ne chante pas les grands, parce qu’on ne sera jamais à la hauteur…
Mais tu vois, Léo, c’était trop fort pour que je résiste. Un jour, enfin femme, enfin libre, et subrepticement sauvage, je n’ai simplement plus désiré te résister. Je voulais tes mots dans ma bouche, et tes mélodies serrant ma gorge. Je voulais ta ferveur sur ma propre peau, ton indignation dans mes propres veines, et ta belle, si belle mélancolie serrant mon coeur. Parce que Léo, si tu savais comme je comprends ton âme, explosive et insoumise, comme je comprends non pas les choses que tu regardes mais comment tu les regardes. Et en te comprenant, j’ai l’impression que toi aussi, tu me comprends, et moi qui me sens si souvent esseulée dans ce nouveau monde de la musique que je tente d’explorer tant bien que mal,  je t’ai pour compagnon d’armes. Et je t’ai pour ami, et quelque fois pour amant aussi.
Léo… Léo, grâce à toi, je n’ai plus peur. Je n’ai plus peur de me cultiver tout en me revendiquant du peuple et d’écrire mes chansons avec tout ça dedans, je n’ai plus peur d’aimer Aragon tout autant que j’aime ces mots verts qu’affectionnait mon grand père. Grâce à toi, je ne me pose plus la question du correct ou du bien-pensant ; j’écris et je m’engage de tout mon coeur et mon âme, avec ce que j’ai d’armes : les mots, et la musique. Grâce à toi, je mets la barre plus haut que haut, et je fais, sans plus rougir, des rêves de cordes et d’arpèges de piano.
Grâce à toi, je chante la mélancolie, le plus beau des sentiments car il est le fruit de tant d’autres, et je chante notre mer adorée, notre mère à nous les marins de coeur. Et grâce à toi, je chante ces choses de la vie qu’on ose plus chanter, la mort, la politique, la révolte…

Grâce à toi, Léo, un peu plus chaque jour, je suis moi.
Léo, quand je te chante, crois moi, tu es encore là.
Une flamme au fond de moi.

Mathilde

Publicités