Sais-tu ? (Je t’attends), ou comment Alexis Pivot m’a piégée pour mon plus grand bien.

Les grands de ce monde se reconnaissent entre mille. On pourrait presque les reconnaitre dans la plus immense des foules. Ils ont un charisme, une aura. Ils ne rentrent dans aucun moule excepté le leur (et encore !) et portent leur âme sur leur manche. Ils sont insupportables et fascinants de brio, de personnalité à fleur de peau, de contradictions, d’entêtement, de doutes, de talent…
Et moi, surtout, ils m’émeuvent.

La première fois que j’ai rencontré Alexis Pivot, c’était à un concert de notre copain de grand talent Clément Brajtman, batteur et chanteur génial. Je crois bien que c’était même au concert d’anniversaire de Clément qu’il donnait à l’Harmonie Café (qui depuis n’est plus) un certain 7 février 2015, et ce soir là, c’est Alexis qui l’accompagnait. Et en vrai, je me suis pris ma grosse claque. Avec un ordi et un petit clavier, posés sur une table de bistro un peu branlante, une acoustique de bar approximative, et une sono à 3 francs, le mec sonnait déjà de ouf. Ses idées, sa musique et son discours sous ses doigts, avec ses phrases, ses mots…
Honnêtement, j’étais hyper impressionnée, et contrairement à ce qu’on pense, je suis méga timide (ma mère m’a juste ré-éduquée à chaque instant de ma vie, et ce depuis que je suis môme). Du coup, j’en menais pas large, surtout pas quand Clément s’est penché à un moment vers moi en me demandant… « Ça jam après, tu chantes un truc ? ». PRESSION. Alexis était toujours au clavier, et j’avais pas envie de faire mauvaise impression, même dans ce contexte de concert de bar assez ghetto qu’on connait bien nous les zikos. PRESSION, PRESSION, PRESSION. Et puis j’ai chanté, et puis c’était pas trop mal. (Ça aurait pu être mieux, mais ça aurait pu être pire aussi).
La soirée s’est continuée sans que j’arrive à aligner deux mots d’affilés à Alexis, sauf quand, inévitablement, il est parti et qu’on s’est simplement dit au-revoir. C’était quasi ridicule, mais mignon aussi (mais surtout ridicule).

Et puis un jour, il nous manquait un musicien pour un concert avec Clément, qui m’a simplement dit « Bah, tu veux que je demande à Alexis ? ». (Dans ma tête = OUI PITIE OUI MAIS NON WAH OUI MAIS TRAC NON OUI OUI OK OUI. Mais bon, à Clément…) « Oui, oui, pourquoi pas… ». J’étais la fan incognito.
Plus tard, j’ai appris qu’Alexis aussi était le fan incognito. En fait, on avait eu le béguin musical at-first-sight en même temps. (là, c’est mignon…).

S’en sont suivis plein de jams au Café U et de concerts dans Paris (puisqu’évidemment il fut engagé direct et sur 20 générations), jusqu’à ce que je me rende compte incidemment pendant une répète ensemble que le jeune homme écrivait aussi des chansons ! QUELLE BIENHEUREUSE NOUVELLE, moi qui, à cette époque là, fraichement sortie de The Voice, écrivait déjà pour l’album.

Photo : Quentin Balouzet / Les Migrants Hilares
Photo : Quentin Balouzet / Les Migrants Hilares

Un soir de Festival, précisément dans la douce nuit du 18 au 19 juillet 2015, Alexis et moi étions en pleine campagne bourguignonne, chez Robin Mansanti chez qui joyeusement nous créchions et buvions du vin tard la nuit autour de la piscine. Alexis venait de jouer tout notre concert sur un piano laqué blanc faiblement accordé, nous avions dîné sous de grands arbres près d’une rivière, et notre venue avait réunit 90 des 96 personnes habitant la bourgade – j’étais assez fière.
Autour de la table sur la terrasse, un verre de bon vin à la main, on évoquait l’album et son enregistrement imminent. J’ai alors naïvement dit « J’ai une chanson que je n’arrive pas vraiment à finir ». Robin, ignorant absolument qu’il était déjà 3h du mat, « Bah, y’a un piano là ! ». « Allez ». Alexis était déjà debout trottant vers le piano.
Et cette nuit là, sous le ciel de Bourgogne, un peu éméchés mais heureux, on a finit Je les aime tous. La première chanson qu’on ait terminée pour l’album, et sur laquelle Robin chorussait déjà.
Je n’oublierai jamais cette nuit là.

A peine de retour à Paris, je propose à Alexis de m’aider à composer le reste des originaux de l’album. Il accepte tout de suite en me disant qu’il a de veilles choses en stock qui sont bien pour moi et qu’on doit se voir pour qu’il me les montre. Mensonge éhonté !! Piège fatal !! Regardez :

Pour vous donner une idée, nous sommes alors 15 jours avant le départ pour l’enregistrement. J’arrive en répète, et là, il me sort Sais-tu ? qui n’a encore que quelques couplets, un refrain, pas de « pont ». Et pourtant, Alexis commence à la jouer et là, LA REVELATION. J’étais bien sûre déjà convaincue d’avoir trouvé en lui mon « Vlad du piano » (celui là même qu’en 3 ans de scène parisienne je n’avais pas rencontré avant lui) mais là, c’était autre chose. Il me parlait comme avec un langage que seuls nous deux comprenions. Et je l’écoutais comme si je l’avais toujours connu, connu sa musique. Je devinais presque les mots qui se succédaient, délicieux, limpides. Un monde s’ouvrait à moi, à la fois nouveau et familier. Et mon coeur qui explosait de joie et d’amour à chaque instant.

Ce jour là, on a finit d’écrire ou presque, et d’arranger, et de fignoler, et de composer, et d’enregistrer les démos, de Sais-tu ?, des Amoureux du Père Lachaise, de Je Les Aime Tous et de Je te quitte. Les Volcans Endormis allaient, eux, arriver in extremis. Et à partir de ce moment précis, j’ai su. J’ai su qu’Alexis, comme Vlad avant lui, allait changer ma vie. Il l’avait même d’ailleurs déjà fait. Comme ça, sans s’en rendre compte.
J’ai su à quel point il était l’ingrédient manquant de ma vie, celui qui ouvrirait dans mon âme la porte cachée des mots que je n’osais chanter ni écrire jusqu’alors. J’ai su que l’avenir serait radieux quand j’ai entonné ses poèmes, ses mélodies, et que ma voix chantait comme je ne l’avais jamais entendue chanter auparavant. J’ai su. J’ai su qu’on se prendrait la tronche comme deux oiseaux de feux par quête de perfection et angoisse de ne jamais la trouver. J’ai su qu’on s’appellerait après les concerts pas même 1h après s’être quittés pour se dire que quand même, la vie, c’est chouette, et qu’on s’aime, et que c’est pour ces moments de nirvana là qu’on galère. J’ai su que je ne pourrai plus imaginer ma vie sans lui, sans sa musique, sans son charisme, sans son humour, sans son amitié, sans sa confiance, ni ses remontrances, sans ses fragilités, ni sans ses forces.
J’ai su que j’étais la rose, et lui le petit prince, mais que dans notre histoire, on allait pas se quitter de si tôt, et qu’on chanterait longtemps ensemble sur notre étoile, où en plus on y avait invité tous nos copains.

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Illustration d’Antoine de St Exupéry.

Les grands de ce monde se reconnaissent entre mille. On pourrait presque les reconnaitre dans la plus immense des foules. Ils ont un charisme, une aura. Ils ne rentrent dans aucun moule excepté le leur (et encore !) et portent leur âme sur leur manche. Ils sont insupportables et fascinants de brio, de personnalité à fleur de peau, de contradictions, d’entêtement, de doutes, de talent, et moi, surtout, ils m’émeuvent.
Alexis, de toutes les façons, partout, tout le temps, dans nos engueulades les plus bornées jusque dans nos textos les plus fusionnels…
… il m’émeut.

Sait-il seulement que je l’ai longtemps attendu ?


Paroles

sais-tu mon ami
Depuis combien
Combien de temps
Combien de nuits
Combien d’amants
Combien de lits
Je t’ai écrit En vain

Sais-tu mon amour
Depuis combien
Combien de verres
Combien de jours
Combien de guerres
Combien de tours
J’attends que tout s’eclaire enfin

MON AMOUR, JE T’AIME ET JE T’ATTENDS
J’ECRIS TON PRENOM DANS LA NUIT
JE PARS, JE REVIENS, JE ME RENDS

Sais-tu mon amant
Depuis combien
Combien de peurs
Combien de chants
Combien de heurs
Combien de gens
Je t’ai ecrit en vain

Sais-tu mon cheri
Depuis combien
Combien de pluies
Combien de feux
Combien d’ennuis
Combien de voeux
J’attends que tu reviennes enfin

MON AMOUR, JE T’AIME ET JE T’ATTENDS
J’ECRIS TON PRÉNOM DANS LA NUIT
JE PARS, JE REVIENS, JE ME RENDS

Sais-tu mon aimé
Combien de temps s’est écoulé
Combien de pleurs ont pu couler
Combien d’années ont pu passer
Combien de fleurs ont pu fâner
En esperant te rencontrer

MON AMOUR, JE T’AIME ET JE T’ATTENDS
J’ECRIS TON PRÉNOM DANS LE VENT
JE PARS, JE REVIENS, JE ME RENDS

JE T’ATTENDS.

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