Il était une fois, Les Volcans Endormis.

Il était une fois Mathilde, 23 ans, fraîchement débarquée d’Angleterre pour passer l’été chez ses parents avant de s’installer à Paris. Je venais tout juste de terminer mes études d’anglais et de gospel à Londres, après deux ans de folles aventures de l’autre côté de La Manche, et je savais qu’il était grand temps de prendre mes aspirations musicales enfin au sérieux. Mais deux ans sans vraiment voir ma famille plus de deux jours d’affilé m’avaient poussé à passer le mois d’août en vacances à Argenton…

Cet été là, mon cousin réalisateur Benjamin Barthélémy était venu y tourner un court métrage, et pour l’occasion, il y avait amené son meilleur ami et alors assistant Benjamin. Je me souviens d’avoir trouvé ça génial, deux meilleurs amis qui portent le même nom. Je me souviens même de m’être dit que ça serait le nom parfait d’un très beau film sur l’amitié, la leur peut-être… « Benjamins ».
Ce Benjamin, je ne l’avais jamais rencontré auparavant. Comme ils étaient tous les deux arrivés bien avant moi au village, toute la famille était déjà totalement amoureuse du garçon. Il faut dire que Benjamin avait tout pour lui. La beauté, l’intensité, la gentillesse, la force, la fragilité, la folie, la tendresse…

J’ai posé mes mirettes sur lui pour la première fois, et la première fois j’ai su.
Les milliers de papillons qui dansaient alors au fond de mon coeur ne me trahissaient que trop de toute façon…

Il avait des yeux d’un bleu rare, et un sourire qui montrait toute son âme. Et je crois que c’est bien au premier sourire que je fut conquise. Amoureuse, comme on aime en été. L’été dont on entrevoit inéluctablement la fin et qui nous pousse à aimer tout d’un coup.
Je n’osais croiser son regard, encore moins le soutenir. Dans la rivière où on se baignait et se chamaillait tous ensemble, je n’osais l’approcher. Et si par mégarde ou par chance son corps effleurait le mien, je n’osais pas laisser mes mains s’attarder sur sa peau. Je n’osais pas lui montrer. Je n’osais pas lui dire. Et même quand la première fois il posa doucement sa bouche sur la mienne, je n’osai alors pas le croire.
Cet été là, j’ai aimé sans jamais avouer à quel point. Je l’ai embrassé, je lui ai donné, j’ai partagé. Je l’ai admiré, regardé, je l’ai vu. Il était fascinant de liberté, Benjamin. Il était lumière et obscurité à la fois, et ses détresses étaient aussi touchantes que ses passions.
Benjamin me bouleversait.

Par chance ou par mégarde, la magie de ces courtes semaines d’été se faufila jusqu’à Paris. Quelques jours à peine de sursis pour mon coeur. Quelques jours à peine pour graver l’empreinte de sa bouche sur la mienne. Quelques jours à peine pour l’aimer encore un peu, sans jamais le lui dire.
Puis il quitta Paris. J’y restai.
Hélas oui, les histoires d’amour finissent toujours mal. Et pour des raisons qui me font honte aujourd’hui tellement elles sont bêtes et triviales qu’elles me mettent aussi en colère, Benjamin et moi nous fâchâmes. Tous deux trop jeunes pour ne pas être cons, tous deux trop orgueilleux pour ne pas être bornés…
Nous ne nous recroisâmes qu’une fois après ça, sans échanger aucun mot. Les idiots…
Si seulement j’avais su.

Parce que le 5 février 2015, je reçu un message de ma maman.
« Benjamin est décédé. »
La route, un accident, sa vie envolée…

Ce serait mentir que de vous dire que je ne suis pas en pleurs devant mon écran en écrivant ces mots. Mais ce que je m’autorise à verser comme larmes aujourd’hui, je ne me le suis pas permise tout de suite. Le choc, la honte, le regret, la culpabilité, la colère, en apprenant son départ… autant de sentiments qui me prenaient à la gorge mais qui m’interdisaient de le pleurer. Je devais souffrir mon désarroi dans le silence, comme pour me punir moi-même de ma connerie, de mon orgueil, du nôtre.
Peut-être même d’ailleurs n’ai-je jamais vraiment pleurer son départ autant qu’aujourd’hui, là, en écrivant ces lignes à travers mes yeux embués et mes sanglots de jeune fille au coeur brisé.

Cette histoire d’amour que je vous dévoile aujourd’hui, je l’ai raconté l’été dernier à mon ami et pianiste, Alexis. Je voulais en écrire une chanson, je voulais rendre hommage à cet été impérissable, je voulais chanter Benjamin à jamais, continuer à l’aimer à ma façon aux yeux de tous, mais je n’arrivais pas à trouver les mots…
Une petite semaine avant de partir en enregistrement, Alexis, depuis le Portugal où il était en vacances me dit qu’il a écrit une chanson, qu’il y croit tellement qu’il veut me l’envoyer malgré le timing, qu’elle est vraiment pour l’album, mais qu’il n’a que les deux premiers couplets et le refrain.

Il y a quelques magies dans ma vie. Alexis en est une immense.
Alexis avait tout compris. Encore plus que ça, il avait aussi deviné. Tout ce que je ne lui avais pas dit était pourtant là, dans ses mots, entre ses mots. J’étais chamboulée.
Ensemble, après nos journées de travail ou vacances respectives, on se retrouvait chaque nuit sur la toile pour finir de l’écrire avant mon départ, à enregistrer démo sur démo pour trouver les mots justes, à écrire, effacer, jeter, ré-écrire…
Alors évidemment, arriver en studio avec une chanson imprévue et tout juste terminée n’est pas facile. Mais j’étais tellement résolue à l’enregistrer quoiqu’il arrive, et la démo parlait tellement d’elle même, qu’il était évident pour toute l’équipe en studio de ne serait-ce que l’essayer. Et la magie, encore une fois, opéra dès les premières notes de guitare.

Pour vous la présenter aujourd’hui en avant-première, j’ai choisi de demander à un autre être cher, essentiel à ma vie d’humain, de femme et d’artiste épanouie, c’est à dire mon papa José-Manuel Xavier, réalisateur de films d’animation expérimentaux et philosophe du mouvement, de créer une petite animation poétique et onirique comme il sait si bien les faire, pour illustrer cette chanson qu’incidemment il adore.
Je ne lui dirais certainement pas par pudeur, mais c’est un véritable honneur pour moi que de voir, pour la première fois,  ma voix sur ses divins mouvements illusoires.

Ah, il y a tant d’amours différentes dans ces Volcans
Mon amour désormais éternel pour Benjamin, et cet été inoubliable.
Mon amour profond, amical et fusionnel pour Alexis, son talent et sa sensibilité.
Mon amour pour les musiciens incroyables qui donnèrent vie et émotion à cette chanson.
Mon amour pour mon papa, dont l’estime et la générosité m’émeuvent chaque jour.

Il ne me reste qu’à espérer, de tout mon coeur, y ajouter le vôtre.

Mathilde


Paroles

Il reste un petit peu de sel
Que la mer a dû oublier
Au bout de tes lèvres pastels
Que l’écume venait caresser,
Mais tu sais la mer et le ciel
Vont bientôt s’en aller.

Alors je regarde la mer
Dans tes yeux qui brillent à demi
Où je vois le monde à l’envers
Qui s’en va petit à petit.
Partout du bleu ciel et du vert…
Dans tes yeux c’est joli.

Quand ils se sont endormis
Sur les volcans tombe la neige aussi.
Quand ils se sont endormis
Sur les volcans tombe la neige aussi.

Moi aussi j’ai un peu sommeil,
Mais il n’est pas l’heure de rêver.
Il nous reste tellement de soleil
Avant qu’il soit l’heure du coucher.
Le ciel et la mer c’est pareil,
Ils viendront nous border.



[ INTERLUDE ]

Te souviens-tu de cette nuit
Où nous regardions les étoiles,
Après une douce après-midi
Et un crépuscule idéal ?
Tu t’en es allé sans un bruit,
Mon souvenir d’opale.

L’écume a perdu sa chaleur.
Les vagues ont regagné leurs lits.
Même le soleil a pris peur
Et le dernier nuage a fui,
Comme si le monde et ses couleurs
avec toi s’étaient endormis.

Quand ils se sont endormis
sur les volcans tombe la neige aussi
Quand ils se sont endormis
sur les volcans tombe la neige aussi

 

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